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Novembre 2002

 
Politiques

PRODUCTIVITÉ DE L'UNION

 


Pas si mal, après tout?

 
    La vision d'une productivité européenne traînant loin derrière celle des Etats-Unis est peut-être exagérée en raison de la méthode de calcul. Certaines questions soulevées par des études récentes appellent d'autres investigations: la croissance de la productivité de l'Union n'est peut-être pas aussi médiocre qu'on le craignait, bien qu'elle ait considérablement ralenti.

L 'explosion de la productivité américaine à la fin des années 1990 était due à une expansion massive des industries high-tech, et plus particulièrement des technologies de l'information et de la communication (TIC). La croissance plus faible de la productivité européenne (liée en partie à l'adoption plus lente des TIC) a amené le Conseil européen de Lisbonne en 2000 à demander que des mesures soient prises pour améliorer notre compétitivité en vue de devenir "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable..." Dans son rapport 2002 sur la compétitivité(1), la Commission européenne a annoncé qu'à moins d'une accélération du rythme de la production, les objectifs de Lisbonne ne pourraient être atteints pour 2010(2).

D'autres analystes se montrent moins critiques. Robert Gordon, de la Northwestern University(3) de Chicago, affirme : "Durant les cinq années 1995-2000, les Etats-Unis se sont brièvement hissés à la hauteur du rythme de croissance de la productivité européenne, mais sur n'importe quelle période plus longue, par ex. 1990-2000, la croissance américaine accuse un retard." Mais la Commission soutient que la croissance de la productivité de l'Union ralentit en 2002, tandis qu'elle reprend aux Etats-Unis.

Croissance de la productivité du travail en 2001


Des données comparables

La croissance de la productivité se mesure soit en termes de PIB par travailleur, soit en termes de PIB par heure ouvrée. La revue The Economist(4) assure que la mesure du PIB par travailleur (qui donne une croissance annuelle de 2,5% aux Etats-Unis et de 1,2% dans les pays de la zone euro en 1995-2000) est trompeuse parce qu'elle ne tient pas compte de la forte augmentation du travail à temps partiel dans l'Union européenne. Le choix du PIB par heure ouvrée réduit le fossé, avec une croissance de la productivité de 2,1% aux Etats-Unis, pour 1,6% dans la zone euro. Tassos Belessiotis, de la Direction générale des entreprises, à la Commission européenne, souligne que pour mesurer la productivité du travail, il est essentiel de disposer de données de bonne qualité. "La meilleure mesure est obtenue au moyen des heures ouvrées, dit-il. Mais il n'existe pas de données complètes, comparables aux niveaux communautaire et international. Donc nous recourons au PIB par travailleur, qui est actuellement la meilleure indication à notre disposition."

M. Belessiotis convient que la méthode de calcul n'est pas indifférente. "Si nous ajustons la croissance de la productivité au nombre d'heures de travail effectuées, le tableau n'est pas aussi sombre que les autres mesures ne le donnent à penser." Pour 2001, la productivité européenne correspond à environ 83% de celle des Etats-Unis sur la base des heures ouvrées, tandis que sur la base des personnes occupées, elle atteint seulement 73%. "Cependant, dit-il, cela ne change pas grand-chose aux sérieuses inquiétudes de la Commission devant le ralentissement de la croissance de la productivité de l'Union depuis 1995, quelle que soit la façon dont on la mesure."

Ajustements qualitatifs

Un autre élément important concerne les ajustements "hédonistes" introduits dans les statistiques des Etats-Unis (et de certains autres pays) en 1985(5) pour refléter l'amélioration de la qualité des produits. Appliquée aux produits high-tech, cette méthode pourrait indiquer une productivité apparemment bien supérieure par rapport aux modes de calcul conventionnels. Les déflateurs nationaux utilisés pour les données de l'indice des prix sur les ordinateurs et le matériel informatique varient entre +80% et -72%, rapporte Jack Triplett(6), de la Brookings Institution. M. Belessiotis ne conteste pas qu'il puisse y avoir un impact sur les données relatives à la productivité, surtout en ce qui concerne les TIC, mais il considère que c'est aux services statistiques nationaux qu'il incombe d'examiner ces questions, car la Commission n'est pas en mesure d'y mettre de l'ordre à elle seule. Entre-temps, la DG Entreprise s'emploie à rassembler des éléments sur la question de la productivité par heure ouvrée.

(1) Le rapport 2002 sur la compétitivité européenne peut être consulté à l'adresse http://europa.eu.int/comm/enterprise/enterprise_policy/
competitiveness/

(2) Voir "Les objectifs de Lisbonne menacés", numéro 5/02.
(3) Gordon R.J., "Two centuries of economic growth: Europe chasing the American frontier", communication pour une séance de l'AEA: les potentiels de croissance économique et leur réalisation, 4 janvier 2002.
(4) "Statistical illusions", The Economist, 8 novembre 2001.
(5) "Myth of American boom is banished by the fall", The Observer, 7 juillet 2002.
(6) Triplett J.E., "IT, hedonic price indexes and productivity", Conférence satellite de l'AISO, Tokyo, 30-31 août 2001.

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