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L'assassinat de journalistes: un signe avant-coureur très révélateur d'une répression politique plus large

Des chercheurs du projet RATE, financé par l'UE, ont étudié l'assassinat de plus d'un millier de membres de la presse dans le monde entre 2002 et 2013. Ils en ont déduit que le décès de journalistes est révélateur d'une évolution dangereuse vers le non respect des droits de l'Homme et un signe fort d'une répression politique croissante.
L'assassinat de journalistes: un signe avant-coureur très révélateur d'une répression politique plus large
Une presse indépendante est une composante essentielle de la responsabilité démocratique, de l'État de droit, et une référence pour garantir la protection des droits de l'Homme. Bien trop souvent, les gouvernements répressifs ciblent les journalistes lorsque leurs articles leur déplaisent ou vont à l'encontre de leurs politiques, non seulement pour faire taire les critiques mais pour empêcher la libre circulation des informations. Rien qu'en 2015, plus de 70 journalistes ont été tués, pour la plupart reporters politiques dans des pays tels que l'Ukraine, la Turquie ou le Kenya.

L'analyse d'une tendance à la violence

Publiée dans le 'Journal of Peace Research', l'équipe du projet RATE (Repression and the Escalation of Conflict) a réuni et analysé des données sur les assassinats de plus de 1 300 journalistes et professionnels des médias dans le monde entre 2002 et 2013 afin de mieux comprendre s'il existe un lien tangible entre la violence à l'encontre de la presse et une répression politique plus large.

Les résultats montrent que parmi les pays les plus dangereux pour les journalistes figurent la Syrie et l'Iraq, deux nations qui ont connu la guerre civile et le chaos politique au cours de la période étudiée. Au total, 162 (Syrie) et 287 (Iraq) journalistes ont été pris pour cible. Toutefois, les journalistes ne sont pas uniquement visés dans les pays touchés par la guerre civile - environ un tiers des meurtres commis entre 2002 et 2013 se sont produits dans des pays sans conflit interne. Rien qu'en 2002 et 2003, des membres de la presse ont été tués dans plus de 80 pays.

Les journalistes constituent une cible privilégiée au Mexique, un des pays les plus dangereux pour les professionnels de la presse du monde entier. Parmi les autres pays où des violences sont commises à l'encontre des journalistes, on trouve le Brésil, les Philippines, l'Indonésie, le Népal et l'Égypte. Globalement, de nombreux pays où des journalistes ont été tués ne sont pas considérés comme possédant un régime particulièrement répressif ou brutal. Même si les emprisonnements politiques, meurtres et exécutions sont répandues dans ces pays, ils ne touchent pas l'ensemble de la population.

Un signe que le pire est à venir

Face à ces chiffres alarmants, les chercheurs soutiennent que l'assassinat de journalistes est le signe avant-coureur d'un durcissement de la répression politique par l'État. De fait, le meurtre d'un seul journaliste est généralement un signe d'instabilité et de tension croissante qui précède un comportement de plus en plus invasif et agressif du gouvernement. Ce phénomène est mis en évidence par le fait que les journalistes 'étrangers' sont rarement pris pour cibles, les reporters locaux, et donc plus vulnérables, étant les principales victimes de la répression exercée par un gouvernement. L'étude montre également que bien souvent les responsables des tueries ne sont jamais identifiés et que la justice est rarement rendue.

Suivre la répression dont la presse fait l'objet est particulièrement utile pour un groupe 'intermédiaire' de pays qui ne sont pas des démocraties libérales solides mais ne peuvent pas non plus être classés parmi les pays connus pour leur brutalité et leur répression. Comme le soulignent les chercheurs, il est peu probable qu'un pays tel que l'Australie ou la Norvège se dresse contre la presse, ni qu'un pays répressif tel que le Soudan ou la Corée du Nord commence à autoriser une plus grande ouverture et liberté de la presse.

Quels que soient les autres facteurs, notamment le développement économique et la démocratisation, la violence envers la presse est un indice essentiel de la tendance au recul de ces pays intermédiaires dans leur engagement en faveur d'une meilleure protection des droits de l'Homme. En substance, pour les chercheurs il est peu probable qu'une économie solide compense le risque présenté par l'assassinat d'un journaliste. Parmi les pays dans lesquels la répression de la presse constituerait un signal d'alarme important, on trouve le Pérou, la Sierra Leone, la Malaisie et la Tanzanie.

Agir de manière appropriée

Tout n'est pas perdu. Lorsque des journalistes sont attaqués ou tués dans ce groupe de pays, les signaux d'avertissement doivent encourager la communauté internationale à agir de manière immédiate. L'équipe de recherche avance que les initiatives politiques sont susceptibles d'avoir le plus d'impact sur les pays exerçant une répression modérée compte tenu de la complexité de la tâche consistant à améliorer la situation dans les pays à forte répression.

Le projet RATE, basé à l'Université de Mannheim, Allemagne, devrait s'achever en janvier 2019 et a reçu près d'1,5 million d'euros de financement de l'EU.

Pour plus d'informations, veuillez consulter :
site web du projet

Source: D'après la couverture de l'évènement et des informations communiquées par le projet

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Numéro d'enregistrement: 127981 / Dernière mise à jour le: 2017-04-13
Catégorie: Politiques et directives
Fournisseur: ec