Service Communautaire d'Information sur la Recherche et le Développement - CORDIS

H2020

COPAST — Résultat en bref

Project ID: 655396
Financé au titre de: H2020-EU.1.3.2.
Pays: Royaume-Uni
Domaine: Société, Recherche fondamentale

Une vague de couleurs déferle sur l’Angleterre victorienne

L’ère victorienne en Grande-Bretagne (1837-1901) est souvent considérée comme une période industrielle, drapée de noir et sous le signe du goudron et du charbon. Cependant, une étude approfondie des productions des cercles littéraires et artistiques de l’époque révèle une fascination pour la couleur, inspirée par les technologies nouvelles et alimentée par la nostalgie du passé.
Une vague de couleurs déferle sur l’Angleterre victorienne
Mais, si le XIXe siècle en Europe est souvent associé à la révolution industrielle et à la modernité, de nombreux Européens, et en particulier les Victoriens, restaient passionnés par le passé, qu’il soit grec ou gothique. L’intérêt pour ces périodes n’était pas purement archéologique ou historique: de nombreux artistes cherchaient à faire revivre la richesse culturelle de ces temps révolus, qu’ils estimaient plus hauts en couleur que leur quotidien morose.

Une explosion de couleurs

C’est dans ce contexte que le projet COPAST (The Colours of the Past in Victorian England), financé par l’UE, a analysé l’influence des couleurs de l’Antiquité et du Moyen Âge dans les œuvres d’art clés de l’époque. «Si, au niveau de la palette des couleurs, l’ère victorienne a constitué un tournant grâce aux progrès de la chimie et aux nouvelles couleurs de synthèse, comme les colorants à base de goudron et de charbon par exemple, nombre d’artistes rejetèrent ces innovations,» explique Charlotte Ribeyrol, coordinatrice du projet, maître de conférences en Littérature britannique du XIXe siècle à l’Université Paris-Sorbonne, France.

Mme Ribeyrol a étudié plus spécifiquement les approches idéologiques de la polychromie des Anciens dans les mouvements de la renaissance hellénique et néo-gothique qui ont embrasé l’Angleterre industrialisée dans la seconde moitié du XIXe siècle. «Nous avons analysé l’influence de la culture matérielle chromatique de l’Antiquité et du Moyen Âge sur les œuvres d’écrivains et d’artistes du cercle restreint qui gravitait autour de William Morris,» note Mme Ribeyrol. Dans le cadre de son étroite collaboration avec les équipes du Ashmolean Museum, Mme Ribeyrol a travaillé sur des archives rares à Londres et Oxford, et comparé les teintes anciennes aux colorants chimiques à base d’aniline fabriqués à l’époque essentiellement pour une industrie textile en pleine expansion.

Pour alimenter cette passion du passé, les Victoriens collectionnaient des œuvres d’art polychromes moins connues (par exemple, des statuettes de Tanagra de l’époque hellénistique). «Ils se sont inspirés des découvertes archéologiques et anthropologiques et de la nouvelle approche qui rompait avec les interprétations traditionnelles incolores et philologiques du patrimoine classique et médiéval,» explique Mme Ribeyrol.

La science de la couleur

Cette nostalgie colorée a façonné les œuvres de nombreux écrivains et peintres, de William Morris et Walter Pater à Lawrence Alma-Tadema. Mme Ribeyrol prend l’exemple du tableau d’Alma-Tadema «Phidias montrant la frise du Parthénon à ses amis,» qui révèle la polychromie originale des marbres du Parthénon. «Le mouvement était considéré comme assez subversif et controversé, car on croyait encore à l’époque que le passé grec et gothique était essentiellement monochrome – de la blancheur pure des statues grecques au “cruel” Âge sombre,» note Mme Ribeyrol.

En étudiant la manière dont les artistes victoriens ont fait front contre cette nouvelle "science de la couleur" en faveur des teintures plus stables du passé, Mme Ribeyrol est sortie des sentiers battus. «Cette utilisation de la couleur néo-romantique et réminiscente du passé, en particulier dans les œuvres politiques, poétiques et artistiques de Morris, n’avait jamais été étudiée auparavant,» souligne-t-elle.

COPAST a révélé le rôle central que la matérialité chromatique a joué dans la poésie et la peinture à l’époque victorienne en créant un tissu novateur où s’entrelaçaient art, littérature et science. Les travaux réalisés dans le cadre du projet comportaient une combinaison d’analyses textuelles (correspondance d’artistes, commentaires critiques, théoriques ou littéraires, ekphraseis ou descriptions d’œuvres d’art, recettes de pigments, etc.) et de données scientifiques (chimie des pigments et des liants, physiologie de la perception, histoire des sciences). Ces travaux ont permis à Mme Ribeyrol d’apporter un nouvel éclairage sur la position des artistes et poètes et/ou leur participation à la culture scientifique de leur époque.

Le projet présente également sous un jour nouveau la suprématie industrielle de la Grande-Bretagne au XIXe siècle, généralement vue au travers du filtre obscurcissant des poussières de charbon.

Mots-clés

COPAST, couleur, Victorien, artistes, teintures, pigment, art polychrome