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H2020

SHARE — Résultat en bref

Project ID: 655067
Financé au titre de: H2020-EU.1.3.2.
Pays: Danemark
Domaine: Société, Recherche fondamentale

Empathie et attitude de groupe

Le partage des émotions dans un groupe – dans un club de supporters, lors d’une thérapie de groupe, dans une communauté ethnique soudée – peut influencer l’empathie au sein ou envers ce groupe. La recherche européenne s’est intéressée aux différences et aux similitudes entre empathie et partage des émotions.
Empathie et attitude de groupe
L’empathie est la capacité de nouer des liens et de comprendre l’état d’esprit et les affects d’autrui. Tout en ayant des points communs avec l’empathie, le partage des émotions au sein d’une communauté très soudée est clairement différent. Le projet SHARE, financé par l’UE, s’est penché sur les questions qui découlent de cette distinction.

Les chercheurs de SHARE ont fourni des critères précis permettant à deux personnes ou plus de partager leur état psychologique et leurs émotions. De plus, ils ont expliqué les mécanismes structurels qui sous-tendent ce partage et ont fait la distinction entre les différents niveaux de partage émotionnel.

Comme l’explique le professeur Dan Zahavi, coordinateur du projet: «La question fondamentale est de savoir en quoi la compréhension empathique de la vie psychique et émotionnelle des autres est à la fois différente et similaire au partage émotionnel, et comment cette compréhension empathique est modulée positivement ou négativement par le partage des émotions et l’appartenance à un groupe.»

Un modèle de «partage»


Ce modèle multidimensionnel intègre les différents phénomènes qui distinguent l’empathie, le partage émotionnel et la dynamique de foule affective (phénomène connexe, mais différent). Cette dernière inclut la contagion émotionnelle, à savoir le fait que les membres d’un groupe ressentent et expriment des émotions similaires, par exemple les supporters qui encouragent les joueurs lors d’un match de football. A également été analysé l’entraînement affectif entre les nourrissons et les personnes qui s’en occupent lorsqu’elles leur chantent des comptines ou leur sourient. Finalement, on observe un partage émotionnel intense dans le cas d’un deuil collectif lors de la perte d’un ami commun, ou encore quand un groupe de travailleurs exprime collectivement sa colère par rapport à leurs salaires.

Le Dr Thomas Szanto, qui dirige la recherche SHARE, distingue la contagion émotionnelle et l’entraînement affectif du partage émotionnel intense: «Les émotions partagées ne s’expliquent pas par l’analyse de l’agrégation ou de la convergence synchrone d’émotions individuelles dirigées vers le même objet ou événement», souligne-t-il.

L’intention de guider l’émotion vers l’objet en question est également un facteur important. De plus, comme le souligne le Dr Szanto, «les membres du groupe doivent avoir conscience de partager des émotions». Le modèle offre alors, de manière positive, des critères et des mécanismes multidimensionnels pour une intégration solide de la vie affective des individus.

Le modèle classe également différents types d’émotions partagées selon les sujets, les médias et le niveau de partage émotionnel. Par exemple, dans les émotions partagées dites «prolongées», les individus se trouvent face à face, et le ton et le rythme de la voix ainsi que le langage corporel facilitent le partage des sentiments. Dans les plus grandes communautés, où les individus ne sont pas en interaction directe, on a affaire à un autre type de partage affectif. L’interaction est généralement facilitée dans le domaine sociotechnique par les infrastructures du groupe ou les médias sociaux, par exemple. Il en ressort «des “émotions collectives indirectes” ou régulées par les médias, qui se transforment souvent en habitudes», explique le Dr Szanto.

Règles de sentiment et autoaliénation

Les chercheurs de SHARE se sont également penchés sur la normativité du partage émotionnel et sur la façon dont les «normes socioculturelles de sentiment» au sein du groupe guident la régulation et l’expression des émotions chez les membres.

«J’ai également analysé le phénomène, pour moi crucial et prévalent, de l’autoaliénation émotionnelle, quasiment tombé dans l’oubli», souligne le Dr Szanto. Dans une publication consacrée à ce thème «Emotional Self-alienation» dans Midwest Studies in Philosophy, il cite l’exemple d’un travailleur social qui a la réputation d’être quelqu’un d’empathique mais qui, devant respecter le règlement de l’entreprise, est obligé de montrer un certain manque d’empathie.

L’avenir de la recherche

La recherche SHARE a permis de mieux comprendre le rôle des émotions dans les rencontres interpersonnelles et intergroupes. L’approche résolument philosophique du projet permettra également de réévaluer systématiquement les données empiriques des neurosciences sociales et d’apporter des ajustements conceptuels qui remettent en question la littérature conventionnelle.

En ce qui concerne l’impact socioculturel encore plus large du projet, les travaux contribueront à la recherche sur les préjugés induits par les membres du groupe, tels que le racisme, les différences interculturelles dans le comportement émotionnel, ou «dialectes émotionnels», et la «politique» de construction identitaire affective, particulièrement importante en Europe à l’heure actuelle.

Mots-clés

SHARE, empathie, partage d’émotions, appartenance à un groupe, états affectifs, collectif