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H2020

MICROARCHAEODUNG — Résultat en bref

Project ID: 702529
Financé au titre de: H2020-EU.1.3.2.
Pays: Royaume-Uni
Domaine: Société, Recherche fondamentale

Des enquêtes intégrées sur le fumier en archéologie

Nous considérons souvent le bétail comme une source de protéines animales, de viande, de lait et de laine, mais en réalité, ce qu’il produit le plus, c’est du fumier. MICROARCHAEODUNG a déterminé que les matières fécales animales peuvent fournir d’importantes informations environnementales et culturelles sur les sites archéologiques.
Des enquêtes intégrées sur le fumier en archéologie
Le fumier est exploité dans le monde entier en tant que source d’engrais, de combustible, de procédé de traitement thermique et de matériau de construction. Dans le même temps, il constitue un domaine de recherche interdisciplinaire étant donné qu’il fournit des informations précieuses sur une grande variété de questions sociales, culturelles, environnementales et écologiques.

De nouvelles méthodologies pour le fumier archéologique

Bien que l’on trouve généralement des fèces de bétail dans de nombreux établissements humains, en particulier après la domestication de troupeaux, elles sont régulièrement négligées ou omises lors des fouilles archéologiques conventionnelles. Cela s’explique par les problèmes méthodologiques inhérents à la récupération et à l’identification des restes de fumier au cours des fouilles, et à la préservation des preuves essentielles quant à leur contenu et leur dépôt.

Le projet MICROARCHAEODUNG du programme Horizon 2020, financé par l’UE par le biais d’une bourse individuelle Marie Skłodowska-Curie, a abordé ce problème en élaborant des approches analytiques intégrées à l’Université de Reading, en collaboration avec l’Université de Bristol. Les scientifiques ont proposé une approche interdisciplinaire pour examiner le contexte archéologique et le contenu du fumier sur le terrain et en laboratoire. Ils ont notamment combiné des méthodologies issues des géosciences, de la botanique et de la biochimie pour permettre l’identification et l’interprétation d’anciennes matières fécales en archéologie.

Le projet s’est concentré sur deux régions clés: le Proche-Orient et l’Afrique du Nord, qui comptent certains sites préhistoriques importants. Parmi ceux-ci, le site néolithique récemment découvert de Bestansur en Irak, où des fouilles sont codirigées par la scientifique hôte du projet, la Dre Wendy Matthews. «Notre objectif était d’étudier les restes de matières fécales et d’obtenir des informations sur différents aspects culturels et socio-économiques des anciens modes de vie de l’homme à travers les territoires», explique la Dre Marta Portillo, chercheuse principale de MICROARCHAEODUNG. Avant le projet, le fumier était largement inexploité en tant que source d’informations sur les origines et la diffusion de la gestion et de la domestication des animaux.

L’équipe a prélevé des échantillons sur les sites archéologiques afin d’obtenir des preuves directes relatives au caractère herbivore et/ou omnivore du fumier. Grâce à des analyses biochimiques de biomarqueurs organiques, les scientifiques ont pu distinguer les restes de matières fécales humaines de celles animales, ce qui leur a fourni de nouvelles informations sur les anciens régimes alimentaires agricoles.

Globalement, MICROARCHAEODUNG a analysé des périodes critiques de changement environnemental et social en ciblant l’émergence des sociétés agricoles et la domestication des animaux. Les résultats ont révélé de nouvelles informations sur les anciennes pratiques agricoles, la gestion des animaux, la disponibilité des combustibles, et l’approvisionnement et la consommation de produits agricoles de l’époque.

Les données recueillies présentaient une importante variation chronologique et contextuelle dans les interrelations homme-animal à travers les territoires qui remontent à environ 10 000 ans. Fait important, en combinaison avec des observations ethnographiques et des données comparatives modernes de référence et d’autres données expérimentales, MICROARCHAEODUNG a démontré qu’il était courant d’utiliser le fumier en tant que source de combustible dans les établissements agricoles du début du Néolithique, voire plus tôt.

L’impact du fumier archéologique

L’approche interdisciplinaire de MICROARCHAEODUNG a démontré que des études intégrées du fumier archéologique et moderne peuvent considérablement aider à comprendre l’évolution de la société au fil du temps. Dans des régions comme l’Afrique du Nord notamment, les recherches archéologiques se sont largement appuyées sur le séquençage culturel et la datation, les outils en pierre et sa technologie, la chasse/pêche et la collecte de mollusques. La Dre Portillo avance que MICROARCHAEODUNG changera la donne en «contribuant grandement à la normalisation de l’analyse du fumier en archéologie, qui deviendrait ainsi une méthodologie analytique clé et une référence pour les futures recherches».

En plus de la méthodologie, MICROARCHAEODUNG a généré des ensembles innovants de données archéologiques, ethnoarchéologiques et expérimentales qui peuvent être utilisés à des fins comparatives dans d’autres études menées par des chercheurs du monde entier. Les scientifiques ont proposé des modèles qui reposent sur les facteurs qui affectent la formation, la composition, la préservation et la décomposition des matières fécales animales, et sur les pratiques écologiques et de gestion qui les influencent. Le projet a posé les bases pour permettre de reproduire les résultats de l’étude sur d’anciens restes de matières fécales dans d’autres régions. L’équipe étend actuellement les outils de référence qu’elle a développés aux écosystèmes insulaires de la Méditerranée, comme Minorque dans les Baléares, qui abrite des sites préhistoriques protégés et déclarés réserve de la biosphère par l’UNESCO.

Dans l’ensemble, l’étude archéologique du fumier et des relations homme-animal apporte d’importantes informations sur des enjeux mondiaux actuels, tels que la biodiversité, l’utilisation des ressources naturelles et l’approvisionnement en énergie, le développement agricole et la gestion des animaux. La Dre Portillo estime que «les informations sur la manière dont la disponibilité et la consommation des aliments, du fourrage et des combustibles changent en réaction à l’évolution du climat et à une plus grande manipulation de l’homme nous aideront à mieux comprendre la viabilité des pratiques sociales et culturelles à travers le temps».

Mots-clés

MICROARCHAEODUNG, archéologie, méthodologie, fumier, Proche-Orient, Afrique du Nord