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Financé au titre de: FP7-IDEAS-ERC

Articles du CER - Recherche «exploratoire»: un siècle de changement en Asie du Sud

«La prochaine guerre aura pour cause l'eau, et non la politique», prédisait en 1991 M. Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaire général de l'ONU. Mais les pressions et les changements environnementaux ont également des impacts qui, bien qu'ils soient aussi importants, sont plus longs et complexes à détecter. Le Dr Sunil Amrith met à profit la subvention de démarrage que lui a accordé le Conseil européen de la recherche (CER) pour étudier les effets de l'environnement sur la migration dans le golfe du Bengale depuis la fin du XIXe siècle à l'heure actuelle. En mettant en lumière l'histoire locale des peuples du littoral, ses constatations pourraient apporter des renseignements quant à la manière de développer les activités économiques côtières basées, par exemple, sur des produits de la mer ou sur le tourisme.
«L'une des raisons pour laquelle la baie du Bengale est si intéressante est qu'il s'agit de l'une des régions les plus vulnérables au changement climatique», explique le Dr Amrith. «Elle est relativement basse, présente des caractéristiques géographiques qui contribuent à sa vulnérabilité, et les communautés qui y vivent ont toujours vécu à proximité de l'eau.»

«J'ai travaillé dans cette région du monde la majeure partie de ma carrière universitaire», poursuit-il. «Mes travaux de recherche jusqu'à présent montrent une relation complexe entre l'immigration et le changement climatique, ainsi se pose la question suivante: comment les communautés littorales ont-elle vécu ce phénomène dans le passé et comment peuvent-elles être affectées par les crises découlant des futurs changements climatiques et environnementaux?»

Portée internationale, voix locales

L'ampleur de cette question est immense: 500 millions de personnes vivent sur cette bande côtière, et une personne sur quatre dans le monde vit dans des pays entourant le golfe du Bengale. Dans le cadre de son projet CFRONTIERS («Coastal Frontiers: water, power, and the boundaries of South Asia»), le Dr Amrith utilise la recherche historique classique au moyen des archives gouvernementales d'Asie du Sud et de documents personnels, associée à une approche anthropologique plus classique au moyen d'entretiens historiques oraux auprès des communautés vivant le long du littoral.

Comme l'explique le Dr Amrith, «les personnes dépendant de la mer pour vivre, comme les communautés de pêcheurs et les ouvriers portuaires sont bien placés pour parler des changements environnementaux. Il en va de même pour les immigrés et les communautés d'immigrés peuplant les petites villes côtières le long du littoral sud de l'océan Indien. Les personnes âgées se souviennent des flux migratoires, des inondations et des catastrophes, et des changements qu'a connu le climat, mais je m'intéresse également à ce qui est transmis aux générations les plus jeunes. Quelle est la nature de cette mémoire collective?»

Son associé de recherche en post-doctorat, le Dr Debojyoti Das, l'assistera dans ses travaux de recherche anthropologique au sein de la communauté. Le Dr Amrith travaille en tamoul et en malais, et le Dr Das en bengali; ainsi, ils possèdent des compétences linguistiques et académiques complémentaires ainsi qu'une bonne expertise régionale.

«Constituer une équipe avec seulement deux chercheurs, c'est un peu inhabituel pour un projet du CER», explique le Dr Amrith, «mais il s'agit d'un travail exploratoire et imprévisible, que je n'aurais jamais pu réaliser sans l'aide du CER».

De nouvelles questions

«Après les 18 premiers mois, nous avons découvert que les archives sont plus éparpillées que nous le pensions», admet-il. «Mais nous pensons savoir où chercher. Par exemple, le musée national de la marine de Londres a beaucoup aidé les historiens britanniques spécialisés dans l'histoire navale, mais ce dernier contient également des archives sur le golfe du Bengale, notamment sur les changements des conditions météorologiques et le trafic fluvial sur le fleuve Ayeyarwady en Birmanie.»

L'histoire environnementale, qui se superpose à l'histoire sociale, économique et politique, est un domaine en pleine croissance. Le Dr Amrith espère partager certains des résultats avec d'autres disciplines, et avec des chercheurs spécialisés dans les domaines du climat, de l'environnement ou de la politique, au moyen de la première conférence du projet et de son blog.

«Nous examinons les limites du changement écologique, entre les empires et les nations, les fleuves et les mers, et entre le droit terrestre et maritime, ainsi que sur les risques auxquels sont confrontées les communautés, notamment les pêcheurs et les immigrés, qui traversent ces frontières», explique le Dr Amrith.

Les frontières importent peu au changement environnemental, et avec le nombre important de cours d'eau et de fleuves se jetant dans le golfe du Bengale, la politique internationale de l'eau est en jeu.

«L'Inde, le Bangladesh et la Chine revendiquent leurs droits aux ressources en eau, aussi j'étais très tenté de concentrer mes recherches sur les conflits et les crises», commente-t-il. «Mais nous pensons que la portée doit être élargie davantage; certains changements sont imperceptiblement longs et 'silencieux', et il s'agit sans doute des plus intéressants.»

«J'ai envie de savoir comment l'histoire en tant que discipline réagit au phénomène du changement climatique, et si nous avons quelque chose à offrir. Et pour moi, la réponse est bien évidemment oui!»

- Source: Dr Sunil Amrith
- Coordinateur du projet: Birkbeck College, Université de Londres, Royaume-Uni
- Titre du projet: Coastal Frontiers: water, power, and the boundaries of South Asia
- Acronyme du projet: CFRONTIERS
-http://www.bbk.ac.uk/history/coastalfrontiers/ (Site web du projet CFRONTIERS)
- Programme de financement du 7e PC (Appel du CER): Subvention de démarrage 2011
- Financement de la CE: 887 229 EUR
- Durée du projet: 5 ans

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