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L'heure tourne pendant que le projet SOPHIED cherche à moderniser l'industrie des colorants

À l'heure où de plus en plus de fabricants de colorants délocalisent leurs activités hors d'Europe, il devient essentiel de s'attaquer aux difficultés qui les forcent à partir. Parmi les incitations au départ figurent le plus faible niveau des amendes infligées en cas de pollu...

À l'heure où de plus en plus de fabricants de colorants délocalisent leurs activités hors d'Europe, il devient essentiel de s'attaquer aux difficultés qui les forcent à partir. Parmi les incitations au départ figurent le plus faible niveau des amendes infligées en cas de pollution dans les pays tiers et leurs coûts de main-d'oeuvre et de production réduits. La situation est devenue à ce point urgente que "si nous ne trouvons pas d'alternative, dans cinquante ans, l'industrie aura disparu d'Europe", déclare Sophie Vanhulle, de l'université catholique belge de Louvain-la-Neuve (UCL), et coordinatrice de SOPHIED, un projet financé au titre du sixième programme-cadre (6e PCRD) de l'Union européenne. Ce projet étudie des processus biologiques applicables à l'industrie des colorants et poursuit trois grands objectifs: le développement des techniques de bioremédiation visant à détoxiquer les eaux usées contenant des colorants, la mise au point de procédés sûrs à base d'enzymes pour la production des colorants existants et la création de nouveaux colorants moins toxiques, synthétisés par voie biotechnologique. Au début du vingtième siècle, l'industrie des colorants constituait un des principaux atouts de l'Europe. Cela dit, les formules des colorants ont été mises au point dans les années 1950 et 1960 et depuis, rien n'a changé. À ce jour, un système de quotas a permis à l'Europe de se maintenir dans le secteur, mais ce système doit être aboli à la fin de l'année. En règle générale, les colorants sont fabriqués à l'aide de nombreux produits chimiques et sont donc très toxiques. Cette toxicité présente non seulement un risque pour les travailleurs en contact avec les colorants, mais fait également apparaître des toxines dans les effluents industriels, ce qui met en péril les organismes vivants. Les systèmes standard de traitement des eaux usées ne permettent pas de nettoyer les eaux contenant des traces de colorants dans la mesure où ces derniers sont fabriqués pour résister aux bactéries. Un élément clé du travail du projet SOPHIED réside dans la découverte qu'un champignon bien particulier peut servir à décolorer les eaux usées, mais aussi, et c'est fondamental, à supprimer le caractère mutagène des molécules présentes dans l'eau et à réduire leur toxicité de 70 pour cent. La méthode a prouvé son efficacité et est déjà brevetée. Le projet réunit 26 partenaires (seize petites et moyennes entreprises (PME), sept universités et trois centres de recherche) de dix pays européens. Six partenaires sont des utilisateurs finaux très enthousiastes à propos du projet SOPHIED. Si l'industrie des colorants n'est pas encore ciblée spécifiquement par la législation communautaire, le fait que des effluents industriels contiennent des colorants explique pourquoi les associations de défense de l'environnement et les citoyens n'apprécient pas le secteur. Le Dr Vanhulle est persuadée que si le projet est couronné de succès, il ne sera pas nécessaire d'encourager l'industrie à en exploiter les résultats. Dès que les recherches seront terminées, le Dr Vanhulle envisage d'invoquer ces résultats pour faire pression en faveur d'une législation communautaire plus stricte et plus spécifique concernant les toxines présentes dans les eaux usées. La participation d'un si grand nombre de petites entreprises a été rendue possible grâce à un appel d'offres spécifique destiné à un projet intégré de PME. La préparation du projet a été un véritable défi dans la mesure où "les PME sont généralement peu habituées à travailler ensemble, à partager des informations ou à réagir rapidement", a déclaré le Dr Vanhulle. Mais à présent que les travaux ont débuté, tous les partenaires se montrent très impliqués. "[Les PME] savent qu'il en va de leur avenir, ce qui explique pourquoi elles se sentent plus concernées", a-t-elle ajouté. Le Dr Vanhulle considère une participation à ce projet comme une excellente opportunité pour les PME de prendre part à des travaux de recherche de haut niveau et d'apprendre de la recherche universitaire que "parfois, il est préférable de faire preuve de patience et d'obtenir ainsi de meilleurs résultats". Le Dr Vanhulle est persuadée que cette collaboration se poursuivra après la fin du projet du 6e PCRD et elle projette déjà de soumettre une proposition au titre du 7e PCRD. En fait, il faudra poursuivre les recherches, explique la coordinatrice du projet, parce que les quatre années du projet SOPHIED ne suffiront tout simplement pas à achever les travaux nécessaires. Le consortium aborde tous les aspects des activités de l'industrie des colorants et dispose d'arguments convaincants pour justifier la nécessité du projet et sa réussite. Une question reste toutefois en suspens. Si autant d'entreprises se sont déjà délocalisées et alors que le système de quotas qui garantit un volume commercial à l'Europe doit disparaître cette année, le projet n'est-il pas intervenu trop tard? Le Dr Vanhulle répond que s'il aurait été préférable d'entamer les travaux plus tôt, il y a encore toutes les raisons d'être optimiste. "Il nous faudra vraiment travailler très dur au cours des quinze prochaines années", estime-t-elle, mais cette initiative concertée pourrait fort bien empêcher la disparition à terme de l'industrie européenne des colorants, selon elle.

Pays

Belgique