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Le cerveau a-t-il un sexe?

Le 8 mars, on a célébré la journée de la femme et rendu hommage aux forces et compétences des femmes du monde entier. Il existe cependant des différences entre les hommes et les femmes, et la question de la similarité de leurs cerveaux continue de susciter l'intérêt des gens. ...

Le 8 mars, on a célébré la journée de la femme et rendu hommage aux forces et compétences des femmes du monde entier. Il existe cependant des différences entre les hommes et les femmes, et la question de la similarité de leurs cerveaux continue de susciter l'intérêt des gens. Dans un entretien qui sera publié prochainement dans le magazine research*eu de l'Espace européen de la recherche, le Dr Catherine Vidal, neurobiologiste extraordinaire et directrice de recherche à l'Institut Pasteur en France, nous parle du cerveau et des différences entre le cerveau de l'homme et de la femme. Lorsque research*eu a demandé s'il existait des différences, le Dr Vidal a répondu: «La réponse scientifique est, paradoxalement, oui et non. Oui, parce que le cerveau contrôle les fonctions de reproduction.» Elle explique que «les cerveaux des mâles et des femelles ne sont pas identiques, et cela chez toutes les espèces, y compris la nôtre. La reproduction sexuée implique des systèmes hormonaux et des comportements sexuels différents, lesquels sont contrôlés par le cerveau.» Cependant, le Dr Vidal fait remarquer que la réponse est aussi non, car «si l'on considère les fonctions cognitives, c'est d'abord la diversité cérébrale qui règne, indépendamment du sexe». Elle ajoute: «En effet, pour que la pensée émerge, le cerveau doit être stimulé par l'environnement». D'après le Dr Vidal, seuls 10% de nos 100 milliards de neurones sont connectés entre eux à la naissance; les 90% des connexions restantes vont se construire progressivement au gré des influences de la famille, de l'éducation, de la culture, et de la société. Ainsi, au cours de son développement, le cerveau intègre des éléments extérieurs associés à l'histoire de chacun. «C'est ce qu'on appelle la plasticité cérébrale», déclare-t-elle. «Voilà pourquoi nous avons tous des cerveaux différents. Et les différences entre les individus d'un même sexe sont tellement importantes qu'elles vont l'emporter sur celles entre les sexes». Le Dr Vidal fait également remarquer que derrière cette question se profile le problème fondamental de déterminer la part de l'inné et de l'acquis dans les comportements. «Il s'agit d'une question essentielle dont débattent les philosophes et les scientifiques depuis des siècles», a-t-elle déclaré lors son entretien. «Aujourd'hui encore, c'est un sujet très imprégné d'idéologie et dont les médias raffolent.» Précisément, les médias se font souvent l'écho de travaux prétendant que la spécialisation cérébrale est différente entre les hommes et les femmes. Ce à quoi le Dr Vidal répond: «Les théories sur les différences hémisphériques entre les sexes dans le langage datent de plus d'une trentaine d'années. Elles n'ont pas été confirmées par les études récentes d'imagerie cérébrale qui permettent de voir le cerveau vivant en train de fonctionner. Ces théories reposaient souvent sur des observations conduites sur de très petits échantillons.» D'après le Dr Vidal, «on continue de citer ces études alors que la réalité scientifique contemporaine est tout autre.» Ainsi les méta-analyses, qui tirent les conclusions de l'ensemble des expériences publiées dans la littérature scientifique et portent sur plusieurs centaines d'hommes et de femmes, montrent «qu'il n'existe pas de différence statistiquement significative entre les sexes dans la répartition hémisphérique des aires du langage.» Cela s'explique par le fait que les localisations de ces zones du langage sont très variables d'un individu à l'autre. «Cette variabilité l'emporte sur une possible variabilité entre les sexes», fait remarquer le Dr Vidal. La directrice de la recherche à l'institut Pasteur a également rejeté la théorie selon laquelle le cerveau masculin serait plus apte aux raisonnements abstraits, en particulier aux mathématiques. «Ces conceptions n'ont aucun fondement biologique comme l'illustrent deux importantes études publiées l'an passé dans la revue Science», explique-t-elle. Une première enquête qui s'était déroulée en 1990 avait montré que les garçons réussissaient mieux que les filles dans des tests de mathématiques. La même enquête, commanditée l'année dernière, montre cette fois-ci que les filles obtiennent d'aussi bons résultats que les garçons. «Ces résultats sont tout simplement dus au développement de l'enseignement des sciences et à la mixité croissante des filières scientifiques.» Une autre étude, menée en 2008 auprès de 300 000 personnes dans quarante pays, a montré que l'environnement socio-culturel actuel est plus favorable à l'égalité hommes-femmes. «Davantage de filles obtiennent de bons résultats aux tests mathématiques», fait remarquer le Dr Vidal. «En Norvège et en Suède, les résultats sont comparables. En Islande, les filles battent les garçons.» Mais ces derniers sont plus performants en Turquie et en Corée. Le Dr Vidal fait remarquer que les principaux progrès de recherche en neurobiologie concernent la plasticité cérébrale. «Il n'est plus tenable d'invoquer les différences biologiques entre les sexes pour justifier la répartition différente des hommes et femmes dans la société», a-t-elle déclaré dans l'entretien. Les commentaires du Dr Vidal sont confirmés dans une étude récente publiée dans la revue Psychological Bulletin. Certaines personnes pensent que la plupart des femmes n'embrassent pas de carrières dans des domaines mathématiques car elles n'en ont pas la capacité; cependant, cette étude, qui analyse 35 ans de recherche sur les différences hommes-femmes, montre qu'elles choisissent de ne pas se lancer dans une carrière mathématique car elles préfèrent avoir une certaine flexibilité pour élever leurs enfants, ou tout simplement parce qu'elles préfèrent d'autres domaines scientifiques moins mathématiques. L'idée selon laquelle les femmes n'ont pas les capacités suffisantes n'est en rien fondée. D'ailleurs, le Dr Vidal fait remarquer que les mentalités évoluent. «Si le prix Nobel de physiologie et de médecine 2008 a été conjointement attribué à Luc Montagnier et à sa principale collaboratrice, Françoise Barré-Sinoussi, [c'est bien que] les mentalités évoluent», déclare-t-elle.

Pays

France

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