Des membranes "caennaises" sur la planete Mars ?
Contacté par le Professeur Albert Jambon, Directeur du MAGIE au sein du Laboratoire de Physico-Chimie des Fluides Géologiques de l'Université Pierre et Marie Curie à Paris, dans le cadre d'un appel d'offres lancé par la NASA, ce spécialiste des membranes poursuit actuellement ses travaux, financés par le CNES, sur un banc mis au point dans son laboratoire grâce à l'aide de la Région Basse-Normandie. Connaître la composition isotopique de l'hydrogène de l'atmosphère de Mars est une donnée extrêmement importante pour les scientifiques, en particulier pour essayer de comprendre l'échappement de l'atmosphère de cette planète. Le problème est que l'hydrogène n'y apparaît qu'à l'état de traces infimes. Pour obtenir de bonnes mesures de ces traces d'hydrogène, il faut donc préalablement séparer cet élément de l'azote, ce dernier étant considéré comme un gaz majeur sur la planète rouge, même s'il ne représente que 2,5% de son atmosphère. Sans cette étape de séparation, impossible d'obtenir un signal exploitable correspondant à l'hydrogène. "C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de faire appel au savoir-faire de Pierre Schaetzel", précise le Professeur Albert Jambon. De multiples collaborations Professeur à l'IUT de Caen, Pierre Schaetzel fait partie de ces chercheurs discrets dont il suffit de jeter un oeil sur ses diverses collaborations, présentes ou passées, pour se rendre compte de la qualité de ses travaux. Preuve éclatante que les IUT, du moins certains de leurs laboratoires, peuvent faire jeu égal avec les universités. Alsacien d'origine, ce spécialiste des membranes a beaucoup voyagé avant de débarquer à Caen, il y a neuf ans. Après des études à l'Université de Rouen, il s'expatrie à Dakar, au Sénégal, où il va rester douze ans. Il créé notamment un département de génie des procédés et un laboratoire de recherche. Dans le même temps, il réalise deux doctorats. "Faute de véritables moyens, j'ai alors beaucoup travaillé la théorie sur la diffusion dans les polymères", précise-t-il. De retour en France, il est nommé Maître assistant à l'Université de Créteil où, après deux ans, il repart pour l'Afrique. Il rentre définitivement en 1988 et regagne l'Université de Créteil qu'il quitte deux ans plus tard pour s'installer à Nancy comme Maître de Conférence. "Je suis allé apprendre mon métier avec un grand Monsieur, le professeur Néel". Quand il arrive à l'IUT de Caen il y a neuf ans, Pierre Schaetzel a quarante-trois ans et compte déjà quelques belles réalisations à son actif, fruits de multiples collaborations, notamment avec l'étranger. "Je travaille davantage sur des projets ponctuels que dans le cadre de programmes", reconnaît-il. Aujourd'hui, le laboratoire qu'il anime à l'IUT de Caen met au point et étudie des procédés de séparation en phase liquide et gazeuse. "Mon métier est de concevoir des polymères qui permettent de réaliser des séparations". Pierre Schaetzel s'est d'abord spécialisé dans le procédé de pervaporation en synthétisant des membranes grâce auxquelles il est possible de déshydrater des solutions d'alcools et de séparer des solutions éther-alcool (ETBE/éthanol, MTBE/méthanol). Par la suite, ses travaux l'on conduit à développer un dialyseur d'échange d'ions de petite dimension qui permet d'extraire les ions nitrate des eaux de boisson. Enfin, avec le Professeur Q. T. Nguyen de l'Université de Rouen, son complice de longue date, il a synthétisé une membrane de nanofiltration à pores chargés négativement afin de séparer les cations divalents (calcium) des cations monovalents. Des travaux sur des sujets très actuels C'est donc tout naturellement que le Professeur Albert Jambon a fait appel à Pierre Schaetzel dans le cadre d'une proposition de son laboratoire en réponse à un appel d'offres lancé par la NASA. "Nous pensons qu'il est possible de faire de l'analyse de gaz sur Mars à l'aide de membranes. Faites nous des propositions m'ont-ils demandé", se rappelle-t-il. Comme pour chacun de ses travaux, Pierre Schaetzel a commencé par faire de la théorie afin de débroussailler les idées et montrer qu'il était possible de répondre favorablement à la demande de l'équipe de l'Université Pierre et Marie Curie. "Nous avons montré que deux étages de membranes étaient nécessaires, que nous n'avions pas besoin de gaz vecteurs, qu'il suffisait de disposer d'une pompe à vide alimentée par énergie solaire et qu'il serait alors possible de séparer sélectivement puis d'analyser à l'aide d'un spectroscope de masse les isotopes de l'hydrogène, très minoritaires sur Mars (de l'ordre de 20 ppm)", résume le chercheur de Caen. Pour concevoir ce banc, le Conseil régional de Basse-Normandie, via le Réseau Polymères et une bourse post-doctorale régionale, a beaucoup aidé Pierre Schaetzel qui tient à le souligner. "Les premiers résultats sont très encourageants", déclare Albert Jambon. Notons qu'il est très rare qu'une telle petite structure de recherche participe à ce type de projet. Preuve, là encore, du savoir-faire reconnu de cet homme qui ne dispose peut être pas de tous les moyens qu'il serait en droit d'attendre du fait des résultats des travaux qu'il mène. Une des particularités de Pierre Schaetzel est de travailler avec beaucoup de thésards. Certains d'entre eux sont aujourd'hui professeurs, notamment à l'Université de Tsinghua de Pékin, à l'Université d'Alger ou de Nancy. Une chose est sûre : les étudiants qui franchissent la porte de son laboratoire ne sont jamais déçus. Sans doute ne trouvent-ils pas toujours les moyens proposés dans d'autres laboratoires. En revanche, ils sont assurés de rencontrer un homme passionné, certes pas toujours bien compris, qui saura leur proposer des sujets très actuels (pile à combustible, séquestration de CO2, etc). Contact : ,IUT de Caen - Pierre Schaetzel - Tél. + 33 (0)2.31.56.71.21. ,pschaetzel@iutcaen.unicaen.fr Source : Lettre mensuelle ScienceTech Basse-Normandie,http://www.basse-normandie/lettre,abonnement gratuit e-mail: subscribe.lettre.bn@adit.fr,
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France