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Entretien

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Un test urinaire pour une gestion plus facile et plus efficace du diabète

Un projet Marie Curie a rassemblé des chercheurs d'Europe et de Chine pour créer une nouvelle méthode de diagnostic et de surveillance de l'évolution du diabète. Grâce à un simple test urinaire, les patients pourront bientôt profiter de solutions plus simples d'emploi, plus rentables et plus efficaces par rapport aux autres méthodes actuellement disponibles.

Plus simples que les analyses de glycémie, les tests d'urine pour le diabète ont jusqu'à présent été moins fiables que ceux pour la glycémie. Il n'est pas facile de dépister les biomarqueurs protéiques spécifiques à la maladie dans l'urine. En effet, ces protéines peuvent présenter une variation rapide et considérable due aux changements de l'alimentation, des processus métaboliques ou cataboliques, des rythmes circadiens, de la pharmacologie, de l'exercice, ainsi que des taux de circulation des différentes hormones. Dernier point mais non des moindres, les facteurs environnementaux et génétiques influencent également le rythme de progression de la maladie, ce qui implique que les biomarqueurs des patients provenant de différentes régions du monde ne présenteraient pas forcément les même caractéristiques. Le projet UROSENSE (Biomarker Applications for Nanotechnology and Imaging in Diabetes), financé par l'UE et achevé en décembre 2015, visait à surmonter ce manque de méthodes de test urinaire adaptées, faciles et accessibles pour combattre l'expansion mondiale rapide du diabète. L'équipe du projet — sous la direction du Dr Harry Holthofer de la Dublin City University — est parvenue à créer un système facile d'utilisation, non-invasif grâce à une analyse précise de données standardisées de haute qualité. Ce test, dont les essais ont été menés sur des patients de Chine et d'Europe, peut servir de test au point d'intervention à domicile pour un dépistage rapide des patients et pour les aider à retarder, voire éviter, l'apparition du diabète. À terme, il devrait sauver les pré-diabétiques de l'hospitalisation tout en contribuant à d'importantes économies en matière de coûts de soins de santé. Que pouvez-vous nous dire à propos des biomarqueurs que vous avez identifiés lors de votre recherche? Le Dr Harry Holthofer: Notre recherche nous a permis d'identifier de nombreux biomarqueurs utiles présents dans l'urine du patient. La nouvelle méthode que nous utilisons pour trouver ces biomarqueurs, appelée HFD («Hydrostatic filtration dialysis», soit la dialyse par filtration hydrostatique), est de loin supérieure à toutes les pratiques existantes. Elle est plus simple, plus rentable et plus efficace pour révéler des biomarqueurs potentiels. Par ailleurs, notre méthode accélère considérablement l'exploitation de la source des biomarqueurs dans les études et permet aussi un stockage beaucoup plus simple des échantillons, par exemple dans les pays en développement. Cet aspect est important, vu qu'un nombre croissant de collections d'échantillons destinés aux biobanques sont actuellement stockées pour analyse ultérieure. Notre méthode réduit le besoin de capacité de stockage (congélateurs) à moins d'un dixième de ce qui était auparavant nécessaire. Votre objectif principal consistait à développer un test urinaire non-invasif pour dépister les patients. Êtes-vous satisfaits des résultats? Nous sommes très contents de la nouvelle méthode établie: elle fournit un grand nombre de nouveaux moyens qui permettent de mieux comprendre les mécanismes de la maladie ainsi que d'identifier les voies et les molécules cibles pour une intervention pharmacologique. Par ailleurs, elle ouvre une nouvelle voie pour de meilleures applications de santé simples, à domicile et mobiles, afin que les patients puissent facilement gérer le diabète dans leur vie quotidienne. Après validation complète, nous espérons que notre méthode permettra de gérer le diabète beaucoup plus facilement à l'aide d'un test d'urine totalement indolore. Comment ce test se démarque-t-il des méthodes précédemment utilisées? Nous possédons des preuves solides pour montrer que notre système de test peut fournir des premières informations sur les biomarqueurs liés à l'évolution du diabète dans un format beaucoup plus simple, et ce de façon efficace. Ce système semble actuellement idéal pour remplacer les méthodes coûteuses, intensives et souvent très techniques dans la chasse aux biomarqueurs, non seulement pour le diabète mais également pour d'autres maladies, dont les maladies cardiovasculaires, infectieuses et rénales. Je dirais donc que notre méthode HFD est une plateforme très prometteuse pour réaliser à l'avenir de nombreuses méthodes de diagnostic. À votre avis, quelle est l'efficacité du nouveau test pour éviter l'apparition du diabète? Nous sommes fermement convaincus qu'identifier le risque de diabète et celui de complications diabétiques coûteuses au niveau des organes comme les problèmes rénaux, cardiovasculaires, cutanés et oculaires, devrait ouvrir la voie à une gestion des risques aux niveaux personnel, sociétal et national. Cela permettra non seulement de prévenir une invalidité précoce, mais s'avérera aussi un facteur très rentable dans les soins de santé à venir. Avez-vous déjà testé votre méthode sur des patients? Nous avons fourni les premiers résultats chez des patients européens et chinois à différentes étapes de la maladie. Nous pouvons détecter des traits de biomarqueurs urinaires typiques pour des patients européens avec des différences notables comparées aux patients diabétiques chinois. Le nombre de patients diabétiques augmentant rapidement en Chine, avec quelques 100 millions de patients déjà, il est urgent d'en apprendre davantage sur les caractéristiques de la maladie pour éviter, à terme, les coûts faramineux que cette croissance impliquera. C'est pourquoi, avec l'aide précieuse de nos partenaires UROSENSE en Chine, nous avons élargi notre réseau dans ce pays. Nous observons déjà un fort encouragement de l'exploitation de notre méthode là-bas, ce réseau en Chine s'étend rapidement. Comment parvenez-vous à contrôler les enjeux potentiels liés à la qualité des données? Grâce à l'aide de nos partenaires Tethis à Milan et Chimega Inc. à Hong Kong, la qualité de la conception, la réalisation de tous les aspects réglementaires pertinents et le respect des normes ISO ont été d'une importance majeure dès le début du projet. Cette approche était cruciale pour le potentiel de notre méthode en matière d'exploitation commerciale. En ce qui concerne la qualité des données de nos premiers résultats scientifiques, nous avons suivi tous les principes clés de la recherche responsable, afin que nos résultats puissent être reproduits tout en prenant en considération l'éthique et d'autres aspects. Le passage du laboratoire au marché a été intégré dans la conception de la recherche dès le début. Nous avons fourni la preuve de principe en pratique, mais nous avons aussi confirmé nos résultats dans diverses ethnies. Cela est important, car de plus en plus de résultats d'études provenant de régions comme l'Extrême-Orient, et plus notamment de la Chine, sont publiés. Grâce à notre méthode, nous pouvons simplifier les protocoles de «Procédures opérationnelles standard» (POS) à appliquer mondialement et, par conséquent, obtenir des résultats de patients provenant de différentes zones géographiques pour une meilleure analyse. Cette méthode est la clé pour comprendre les différences phénotypiques en matière de biomarqueurs de la maladie et, à terme, ouvrir la voie à une meilleure gestion de la maladie au niveau local. Par conséquent, un contrôle de la qualité des données est nécessaire dès le départ. Le potentiel commercial de votre test semble être important, puisqu'il peut être effectué par les patients à domicile. Quand pensez-vous qu'il sera mis sur le marché? Actuellement nous travaillons d'arrache-pied pour surmonter tous les obstacles à l'exploitation de notre méthode. Pour nous, il est important de ne pas interrompre les progrès effectués en Chine à cause de l'importance du problème qu'y représente le diabète mais aussi à cause d'un accès plus facile à ce vaste marché. Contrairement à l'Europe, la Chine ne possède qu'un seul organisme de réglementation, qui a cherché à placer tous ses efforts lors du projet en vue d'accroître la visibilité de nos résultats et d'enrichir les connaissances sur le marché. Le fait de progressivement comprendre en profondeur le processus de prise de décisions et les preneurs de décisions nationaux clés en Chine a notamment permis de traiter des produits de première génération tangibles qui devraient, nous l’espérons, être commercialisés dans huit mois. UROSENSE Financé par FP7-PEOPLE page du projet sur CORDIS site web UROSENSE

Pays

Irlande