M. Potocnik propose "une évolution, non une révolution" pour la recherche européenne
Lors de son audition le 1eroctobre dernier, qui s'est avérée bien accueillie, le commissaire désigné pour la science et la recherche, Janez Potocnik, a mentionné "le riche héritage" laissé par son prédécesseur Philippe Busquin, et a souligné son intention de poursuivre une grande partie de ce travail. "La recherche européenne est l'une des priorités absolues de l'agenda politique, l'espace européen de la recherche est opérationnel, et l'objectif des trois pour cent [pour les investissements communautaires dans la recherche] fait l'objet d'un large consensus parmi les États membres", a annoncé M. Potocnik à la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE) du Parlement. "Nous n'avons nullement besoin d'une révolution, mais plutôt d'une évolution de ce qui a déjà été réalisé." Parmi les initiatives entamées par M. Busquin et que M. Potocnik souhaiterait mener à bien figure la proposition de doublement du budget communautaire de la recherche. Ce point est indispensable au succès du Conseil européen de la recherche (CER), des plates-formes technologiques, et des initiatives en matière d'infrastructures de recherche, autant d'éléments que l'UE doit poursuivre, selon lui. "De plus en plus de projets soumis dans le cadre du 6ePCRD [le sixième programme-cadre] sont refusés - nous rejetons de nombreuses bonnes propositions, ce qui prouve que nous pourrions en faire bien plus", a ajouté M.Potocnik. Le discours introductif du commissaire désigné pour la Slovénie portait également sur la simplification, l'exploitation et l'équilibre de la politique européenne de recherche. La coopération était également un thème central de son discours, et si M. Potocnik s'est déclaré prêt à relever les nombreux défis à venir, il a clairement ajouté qu'il aurait besoin de l'appui du Parlement et des États membres pour atteindre leurs objectifs communs. Pour illustrer ce point, M. Potocnik a annoncé que dans le contexte de l'agenda européen de Lisbonne, il était crucial que la Commission introduise de meilleures formes de gouvernance en vue de rendre la stratégie davantage opérationnelle, citant pour exemple le groupe des commissaires en charge de la stratégie de Lisbonne. "Mais les États membres doivent suivre cette voie et envisager de créer éventuellement une stratégie de Lisbonne au niveau des États membres également, avec moins de priorités, mais des priorités qui pourront faire l'objet d'un suivi étroit", a-t-il déclaré. Parallèlement, interrogé sur les priorités qui seraient selon lui incluses dans le septième programme-cadre, M. Potocnik a répondu en ces termes: "Il serait prématuré de parler de priorités spécifiques à ce stade. Nous devons avant tout déterminer comment atteindre ces priorités, et ce processus sera lancé au sein de cette commission en novembre prochain [...]." Invité à exposer son point de vue concernant le financement communautaire de la recherche sur les cellules souches embryonnaires, le commissaire désigné a clairement expliqué quelle serait son approche des questions impliquant un processus décisionnel complexe: "Il est pratiquement impossible pour moi d'apporter une réponse satisfaisante pour tout le monde, mais je pense personnellement que nous ne devrions pas exclure par principe un domaine de recherche qui pourrait permettre de découvrir des traitements pour des milliers d'enfants et d'adultes malades. J'écouterai les points de vues de tous les intervenants, et assumerai ensuite la responsabilité de proposer ce qui, selon moi, s'impose." Il a jouté: "Nous devons tous être à l'écoute les uns les autres, et essayer de prendre part à un débat qui ne soit ni trop passionné ni intolérant." S'agissant de la simplification du programme-cadre, M. Potocnik a décrit cette tâche comme étant la plus difficile de toutes celles qu'il devrait relever. "Le système communautaire en matière de science et de recherche est encore trop compliqué, ce qui n'est pas satisfaisant [...] Les demandes prennent trop de temps aux chercheurs, nous devons cibler les domaines où ce processus est trop lent et dégager des solutions. Cette tâche sera toutefois difficile, étant donné la complexité de la réglementation financière régissant ce programme, et nous devons garantir que les fonds seront utilisés à bon escient." M. Potocnik a exposé l'idée d'une procédure en deux étapes, soutenue par le rapport Marimon, selon laquelle les candidats devraient attendre que la Commission ait manifesté un intérêt pour leur projet avant de soumettre les détails de leur proposition. "Certaines initiatives [de simplification] sont déjà en cours, et celles qui pourront être mises en ouvre sans impliquer de modifications législatives seront introduites dans le 6e PCRD", a-t-il révélé. En sa qualité de commissaire en charge des sciences et de la recherche, M.Potocnik s'est engagé à tenter d'identifier les stratégies nécessaires pour surmonter le "paradoxe européen" actuel, en raison duquel la qualité de la recherche européenne ne se traduit pas en résultat innovant. Il a cependant rejeté la proposition de l'un des députés européens qui suggérait de ne plus soutenir la recherche scientifique fondamentale et de se concentrer davantage sur les domaines appliqués de la recherche. "Cette distinction n'a plus lieu d'être - nous devrions plutôt parler de recherches axées sur la science et de recherches axées sur l'industrie. La recherche fondamentale peut se révéler tout aussi utile à long terme [...] et si nous ne soutenons pas la recherche fondamentale, un jour où l'autre, nous serons perdus." M. Potocnik s'est à maintes reprises engagé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour encourager la participation des petites et moyennes entreprises (PME) et des entités issues des nouveaux et plus petits États membres dans l'effort de recherche européen, mais a rappelé que les États membres occupent une place idéale pour aider la Commission en ce sens. En guise de conclusion, M. Potocnik a déclaré qu'il était conscient de la difficulté de la tâche qui l'attendait, si sa nomination était confirmée. "Je peux vous apporter énergie, intégrité et une oreille attentive", a-t-il promis. À en juger par la réaction majoritairement positive des députés européens face à la prestation de M. Potocnik, ces qualités devraient rapidement être mises à l'épreuve.