Skip to main content

Article Category

Article available in the folowing languages:

Peinture insecticide: une nouvelle approche contre les maladies vectorielles

Les insecticides sont l’une des mesures clés contre les maladies vectorielles transmises par les moustiques telles que le paludisme, le virus Zika, la dengue et la fièvre jaune. Les scientifiques du projet ChiPyrNMR ont étudié de nouvelles méthodes pour améliorer le contrôle des vecteurs.

Santé

Les pyréthroïdes sont l’un des meilleurs insecticides suggérés par l’OMS pour une utilisation en santé publique contre les maladies vectorielles. Les molécules pyréthroïdes possèdent un centre chiral et peuvent exister sous différentes formes, connues sous le nom de stéréo-isomères. Étant donné que tous les stéréo-isomères ne sont pas des insecticides actifs, il est important de pouvoir déterminer les formes inactives des pyréthroïdes qui pourraient affecter leur efficacité. La peinture insecticide a été proposée comme méthode innovante pour mettre les insectes en contact avec l’insecticide. Il s’agit d’une approche plus ciblée, plus sûre pour l’environnement et moins nocive pour l’homme contre les maladies vectorielles. Cependant, les pyréthroïdes deviennent instables, surtout lorsqu’ils sont incorporés dans une matrice complexe comme la peinture. Avec le soutien du programme Marie Skłodowska-Curie, le projet ChiPyrNMR a proposé d’étudier la stabilité moléculaire des pyréthroïdes dans la peinture. «Notre objectif était de mieux comprendre le devenir des insecticides dans les matrices complexes et d’améliorer leur efficacité dans la peinture», explique la chercheuse Federica Aiello. Les chercheurs ont utilisé la spectroscopie par résonance magnétique nucléaire (RMN), une technique analytique très puissante qui permet de détecter les changements structurels au niveau moléculaire. Ils ont étudié la dégradation chimique des insecticides dans différentes conditions de pH et de température au fil du temps. En combinaison avec la spectrométrie de masse et la chromatographie, il a été possible d’analyser la dégradation des pyréthroïdes, et de déterminer si les molécules avaient subi une isomérisation ou une hydrolyse. Les scientifiques ont également pu quantifier les espèces de sous-produits présentes dans chaque cas et étudier l’utilisation de renforçateurs de stabilité, jetant ainsi les bases de futures investigations. Des efforts considérables ont été consacrés au développement d’une méthodologie permettant d’extraire l’insecticide de la matrice complexe sans affecter sa stabilité. Les chercheurs ont également pu filtrer les spectres RMN et améliorer l’identification des signaux des insecticides tout en supprimant le bruit de fond et les signaux brouilleurs de la matrice. En outre, ils ont mis au point une méthode d’analyse adaptée pour la manipulation et l’analyse d’échantillons de peinture contenant des pyréthroïdes.

Impact de ChiPyrNMR et orientations futures

La méthodologie basée sur la RMN développée pour l’analyse des insecticides dans la peinture présente plusieurs avantages par rapport aux mesures chromatographiques traditionnelles. Elle est plus respectueuse de l’environnement, car elle nécessite une quantité relativement faible de solvant organique et est également rentable en raison de la réduction du temps d’analyse expérimentale. Selon le coordinateur du projet, Tony Davies, «l’analyse précise des additifs actifs dans des matrices complexes représente un défi toujours plus grand pour la communauté analytique». Qu’il s’agisse d’additifs chimiques dans les denrées alimentaires ou d’insecticides actifs dans une formulation de peinture complexe, l’analyse doit souvent être effectuée in situ. Cependant, le processus de séparation utilisé dans les méthodes standard implique des étapes d’extraction potentiellement invasives qui entraînent un changement de forme du composant actif et conduisent à des résultats non valides. En comparaison, la méthode RMN avancée ChiPyrNMR est très robuste: elle minimise la dégradation et protège la substance active, ce qui garantit des résultats plus fiables. Les maladies vectorielles représentent plus de 17 % des maladies infectieuses, entraînant plus de 700 000 décès chaque année dans le monde. Les travaux de ChiPyrNMR contribueront à la lutte antivectorielle grâce à des peintures insecticides plus efficaces et peut-être moins coûteuses. Les connaissances acquises au cours du projet peuvent être exploitées plus largement dans d’autres systèmes et soutenir la recherche sur d’autres composés chimiques.

Mots‑clés

ChiPyrNMR, peinture insecticide, pyréthroïde, RMN, configuration chirale

Découvrir d’autres articles du même domaine d’application