M. Busquin rencontre les MPE pour discuter du clonage
Le commissaire européen à la Recherche, M. Philippe Busquin, a appelé le Parlement européen à lancer un débat ouvert sur les récents développements des techniques de clonage. "S'il existe des valeurs morales communes à tous en Europe, il ne peut y avoir qu'un seul Espace européen de la recherche (EER) sur des questions telles que le clonage humain", a-t-il déclaré aux MPE. Il admet que le clonage de cellules souches humaines est acceptable si l'on en retire des avantages thérapeutiques et il doit y avoir un débat approfondi sur cette question, a-t-il poursuivi. Mais il a affirmé, lors de sa rencontre avec les MPE à Strasbourg le 6 septembre pour un débat sur ce sujet, que le clonage à but reproductif était inacceptable. La publication, cet été, du rapport d'un groupe d'experts britanniques sur le clonage thérapeutique a suscité un grand nombre de réactions dans toute l'Europe. Dans sa réaction, M. Romano Prodi, président de la Commission européenne, a récemment insisté sur la nécessité d'ouvrir un dialogue sur ce sujet, d'où la démarche de M. Busquin. De nombreux MPE ont vivement critiqué le rapport britannique. Le MPE italien Francesco Fiori a qualifié le clonage d'"immoral et d'abus du droit à la vie", s'opposant à la recherche pour des motifs religieux et parce qu'il s'agit d'"un affront à la civilisation". Il a été rejoint par d'autres orateurs qui ont appelé le Parlement européen à former une commission spéciale temporaire pour étudier tous les aspects de la question. Peter Liese (Allemagne) a demandé l'introduction d'une clause interdisant le clonage dans la Charte de l'UE sur les droits fondamentaux. Cependant, Elly Plooij-van Gorsel (Pays-Bas) est resté ambiguë sur le sujet. Si l'UE proscrit ce type de recherche pour des motifs médicaux, a-t-elle déclaré, elle se fera tout simplement ailleurs, aux Etats-Unis par exemple, et les produits seront commercialisés par la suite en Europe. La réaction britannique a souligné la nécessité d'une réflexion supplémentaire et d'une clarification du sujet. John Purvis (RU) a appelé à une "réflexion dans la sérénité" et rappelé à la Chambre que le clonage humain reproductif reste interdit au RU et que la recherche sur les cellules souches y est strictement réglementée. Le rapport britannique recommande le développement de la recherche sur les cellules souches embryonnaires à des fins thérapeutiques, a-t-il précisé. La députée britannique Diana Wallis a déclaré au Parlement que le rapport britannique était le résultat de deux années d'évaluation minutieuse et qu'il avait été proposé après mûre réflexion et conçu en vue permettre des traitements médicaux pour des maladies graves. "Les récentes avancées scientifiques, notamment dans le domaine des sciences de la vie, offrent un potentiel d'applications importantes mais elles soulèvent aussi des questions éthiques qui concernent directement la majorité des citoyens européens", a déclaré le commissaire Busquin. Il a attiré l'attention sur sa communication concernant un Espace européen de la recherche, dans laquelle il a déjà souligné la nécessité de promouvoir des valeurs morales communes dans toute l'Europe. "Le traité de l'Union européenne, qui est basé sur le respect des identités nationales des Etats membres, confère à ceux-ci le droit de légiférer en matière de questions éthiques, ce qui a comme résultat une grande diversité de législation ou, dans certains cas, pas de législation du tout. La Commission a l'intention de prendre l'initiative de renforcer les liens entre les comités d'éthique en Europe et l'échange de bonnes pratiques en matière d'évaluation éthique des projets de recherche", a annoncé M. Busquin. La législation européenne en vigueur interdit le brevetage du corps humain ou de toute partie de celui-ci, à tout stade de son développement, y compris les cellules souches, l'ADN et les sections d'ADN. Toutefois, la Commission européenne soutient, au titre de son Cinquième programme-cadre, la recherche biotechnologique qui offre une protection ou un avantage pour la santé humaine, et elle encourage les chercheurs à respecter les principes éthiques fondamentaux. Elle ne finance ni la recherche sur le clonage reproductif, ni celle sur le clonage thérapeutique. "Il est vrai que la Commission ne souhaite ni réglementer, ni harmoniser les questions éthiques dans l'Espace européen de la recherche, mais elle veut contribuer au débat dans le respect de la diversité des cultures et des sensibilités des citoyens européens", a déclaré le commissaire aux MPE. Un groupe de haut niveau d'experts en sciences du vivant se réunira à Bruxelles les 6 et 7 novembre pour un forum de discussion, dont on espère qu'il alimentera le débat.