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Rôle de la prospective dans une Europe élargie

Bien qu'il semble parfois que la prospective possède autant de définitions que de praticiens, elle peut généralement être décrite comme étant le fait d'analyser les développements scientifiques et les enjeux sociétaux actuels dans le but d'identifier les priorités de la recher...

Bien qu'il semble parfois que la prospective possède autant de définitions que de praticiens, elle peut généralement être décrite comme étant le fait d'analyser les développements scientifiques et les enjeux sociétaux actuels dans le but d'identifier les priorités de la recherche pour l'avenir, de manière à conférer une vision à long terme au processus politique. De nombreux Etats membres de l'UE, en particulier ceux qui attestent d'un système de recherche établi et bien financé, ont déjà pris conscience des avantages que peut procurer cette activité. Mais quel rôle la prospective peut-elle jouer dans les pays candidats, où l'exiguïté des ressources financières et autres impose fréquemment des limites à l'étendue des activités de recherche, et où la prospective, en règle générale, a atteint un stade de développement moins avancé? Telle était l'une des questions abordées au cours de la session d'ouverture d'une conférence intitulée "La prospective dans l'Espace européen de la Recherche et de l'innovation après l'élargissement", organisée le 15 mai à Ioannina par la Présidence grecque. Aux yeux d'Attila Havas, de l'institut d'économie de l'Académie hongroise des sciences, les enjeux économiques et sociétaux auxquels sont confrontés les pays candidats impliquent que les activités de prospective y sont tout aussi importantes que dans les pays européens plus grands et plus prospères, mais la nature du débat est quelque peu altérée. Au début du processus d'élargissement, les pays candidats actuels étaient désignés collectivement sous le nom de "pays en transition", et bien que la terminologie ait évolué depuis cette période, M. Havas a rappelé aux délégués que ces pays se trouvent encore dans une situation de mutation. "Les pays candidats occupent une position dans laquelle ils doivent trouver de nouveaux marchés, mettre en place de nouvelles industries et accroître leur compétitivité afin de pouvoir bénéficier pleinement de l'élargissement. La prospective peut les aider", a-t-il déclaré. M. Havas a exposé les tensions qui opposent la formulation des politiques à court et à long terme dans bon nombre de pays candidats. Les réformes économiques et institutionnelles exigent une approche à longue échéance, a-t-il affirmé, mais le financement et l'attention des politiques sont souvent détournés par des problèmes à court terme tout aussi graves, tels que le chômage et les déséquilibres budgétaires. "Une pratique de prospective exhaustive, faisant intervenir l'ensemble des acteurs concernés, pourrait permettre de trouver un compromis entre ces priorités conflictuelles." Afin de convaincre les acteurs concernés, M. Havas a confié à CORDIS Nouvelles qu'il s'est toutefois avéré indispensable de surmonter en premier lieu une réticence initiale à s'engager dans la prospective parmi les pays candidats. "Beaucoup d'experts des anciens Etats soviétiques ont d'abord fait preuve de scepticisme parce qu'ils percevaient la prospective comme une nouvelle forme de planification centralisée pure et simple", a-t-il commenté. Les scientifiques se méfiaient également parce qu'une méthode telle que la prospective, qui peut aboutir à un nombre inconnu de résultats, ou de "bonnes réponses", n'est pas particulièrement scientifique en soi, a-t-il ajouté. Les types d'initiatives dont les pays candidats tireront le plus grand profit, d'après M. Havas, sont des études de prospective conjointes avec leurs pays voisins, de manière à mettre en lumière des synergies et des perspectives différentes, ainsi que des programmes nationaux de prospective coordonnés ou "partiellement alignés". Karel Klusácek, directeur du centre technologique de l'académie des sciences de la République tchèque, a insisté dans son exposé sur le rôle que le premier programme de prospective de son pays a joué dans l'affectation d'un budget de recherche relativement restreint à des domaines essentiels de la recherche. A partir de 612 priorités de recherche distinctes, des exercices de prospective ont été exécutés afin de ramener ce chiffre à un noyau de 90 priorités réparties entre cinq domaines thématiques précis. M. Klusácek a annoncé que, à la lumière du succès de cette opération, les autorités tchèques envisagent à présent un deuxième cycle d'activités de prospective destinées à aborder les aspects horizontaux, à gérer des enjeux particuliers pour la société et à dégager des opportunités pour l'avenir. A l'instar de M. Havas, M. Klusácek a indiqué à CORDIS Nouvelles qu'un facteur essentiel pour la réussite de la prospective dans les pays candidats consiste à ses yeux à obtenir le soutien des acteurs concernés au sein des secteurs public et privé, de la communauté de la recherche, et de la société en général. "A cette fin, nous devons sensibiliser utilement le public et faire connaître les avantages des activités de prospective. Cela peut être réalisé idéalement en montrant des exemples de programmes fructueux", a-t-il suggéré. En ce qui concerne les futures activités qu'il souhaiterait que les pays candidats mettent en oeuvre, M. Klusácek a soutenu qu'une approche duale fonctionnerait au mieux. D'une part, selon lui, l'échange de bonnes pratiques et les projets conjoints avec d'autres pays candidats peuvent habituellement aboutir à des résultats plus pertinents pour un pays tel que la République tchèque, mais d'autre part, des activités paneuropéennes s'imposent également afin de favoriser la coopération au niveau européen. "La Commission peut remplir une fonction primordiale dans la promotion de cette coopération", a-t-il poursuivi. Bien que les pays candidats soient encore relativement inexpérimentés dans la prospective en Europe, les expériences positives de pays comme la Hongrie et la République tchèque démontrent que ces activités sont tout aussi nécessaires et pertinentes dans cette région que dans les Etats membres actuels. Sur un plan universel, la prospective demeure un concept en évolution, et de toute évidence, la pleine participation des futurs Etats membres à son développement et à son perfectionnement ne peut que la renforcer.

Pays

Tchéquie, Grèce, Hongrie

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