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Un pionnier de la collaboration européenne en matière de recherche accorde un entretien à CORDIS Nouvelles

"C'est comme si j'avais regardé dans une boule de cristal, que j'y avais vu l'avenir et que je nous avais préparés pour cet avenir. L'Europe arrivait", raconte Paul Kiekens, chef du département Textiles de l'université de Gand (Belgique), à propos du réseau de recherche qu'il ...

"C'est comme si j'avais regardé dans une boule de cristal, que j'y avais vu l'avenir et que je nous avais préparés pour cet avenir. L'Europe arrivait", raconte Paul Kiekens, chef du département Textiles de l'université de Gand (Belgique), à propos du réseau de recherche qu'il tisse depuis une dizaine d'années. Le rapport annuel du département du Dr Kiekens est un catalogue des projets de recherche internationaux, où figurent les projets financés au titre des programmes-cadres de l'UE, les autres programmes communautaires, le programme "Science pour la paix" de l'OTAN et les projets du gouvernement régional flamand. Instigateur de cette collaboration, le Dr Kiekens a récemment reçu les félicitations de son compatriote Philippe Busquin, commissaire européen à la recherche. "J'ai développé un réseau avant que la Commission ne l'ait même envisagé", a-t-il confié à CORDIS Nouvelles. Le Dr Kiekens fait référence à AUTEX (Association of Universities for Textiles), qui est probablement la plus belle réussite de sa volonté de promouvoir la recherche collaborative. Ce réseau, qui a récemment fêté son dixième anniversaire, a réalisé des "choses formidables", selon le Dr Kiekens. AUTEX compte aujourd'hui plus de 30 membres, même si le premier critère d'adhésion reste la qualité. Les participants échangent des étudiants, débattent des programmes de cours et trouvent des solutions aux problèmes communs. "C'est aussi un club où naissent de nouvelles idées pour la recherche dans le domaine du textile", ajoute le Dr Kiekens. Les choses ont beaucoup changé depuis la création du réseau. En 1994, très peu de gens avaient une messagerie électronique et les contacts se limitaient à une ou deux réunions en face à face par an, ce que le Dr Kiekens considère comme "insuffisant pour vraiment mettre quelque chose sur pied". L'internet a permis d'entretenir des contacts réguliers. Interrogé sur la raison qui l'a poussé à suivre cette voie d'avenir au début des années 1990, le Dr Kiekens répond qu'il avait pris conscience de l'envergure relativement petite de son département et que, pour le bien de ses étudiants et pour l'avenir, il fallait "arriver à un autre niveau". "Vers 1990, j'ai compris que nous passions à côté de beaucoup de choses", a-t-il ajouté. Cet élan initial de collaboration transfrontalière était axé sur l'Europe, ce qui a causé un relâchement des liens avec les institutions américaines. Le Dr Kiekens essaie à présent de rétablir ces contacts car il est convaincu de l'intérêt porté par les Américains aux activités de son département. Les projets auxquels participe actuellement le département du Dr Kiekens couvrent une grande diversité de sujets, allant de l'ingénierie textile de pointe à l'aide aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux laboratoires d'essais en Europe centrale et orientale, en passant par les techniques de tissage et de teinture ainsi que le stockage et la recherche d'informations sur les motifs textiles et les biomatériaux. Le Dr Kiekens a attiré l'attention sur le projet CHITOMED (textiles biomédicaux tirés de la dibutyrylchitine et de la chitine), qu'il trouve particulièrement intéressant. Ce projet rassemble dix partenaires universitaires et industriels afin de mettre au point un pansement qui accélère la guérison des blessures. Dirigé par un collègue du Dr Kiekens à l'université de Gand, ce consortium a créé un matériau tiré de la carapace de la crevette et du crabe qui a la double propriété de prévenir les infections (auxquelles sont très exposées les victimes de brûlures et de blessures étendues) et les inflammations, a expliqué le Dr Kiekens. Comme ce matériau est organique et donc non toxique, les tests sont relativement simples. Ceux-ci sont menés à l'heure actuelle en Belgique et en Pologne. "Nous avançons très rapidement", a affirmé le Dr Kiekens pour répondre à une question sur la perspective de mettre ce nouveau pansement sur le marché, ajoutant qu'il "devrait être prêt dans deux ou trois ans". Étant donné que la principale matière première du pansement est un déchet de la pêche, le consortium se dit également confiant dans la possibilité de le fabriquer à un coût raisonnable. De par sa longue expérience dans la recherche communautaire, le Dr Kiekens est bien placé pour parler des changements apportés aux programmes-cadres de recherche de la Commission. Il prétend qu'il est désormais plus difficile d'obtenir un financement, que les procédures sont devenues plus compliquées et que l'accent a été trop déplacé en faveur de la recherche à court terme ou appliquée. "Les choses étaient plus claires il y a dix ans. Mais ce n'est pas une critique, c'est juste mon expérience", a déclaré le Dr Kiekens. Il croit que l'accroissement de la bureaucratie s'est traduit par plus d'incertitude et par des délais plus longs entre la soumission d'une proposition et le lancement d'un projet. Il admet toutefois que beaucoup de ces changements étaient nécessaires en raison de l'augmentation du nombre de candidats souhaitant participer aux programmes-cadres. "Je n'ai pas de solution à proposer pour ce problème", a-t-il reconnu.

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