Course aux élections en Allemagne: la science fait irruption dans la campagne
La recherche scientifique est devenue un thème phare de le campagne des législatives allemandes avec le revirement de la ministre de l'Education et de la Recherche, Mme Edelgard Bulmahn, en ce qui concerne la législation nationale sur les cellules souches. Mme Bulmahn, qui avait précédemment fait savoir qu'elle estimait la réglementation existante suffisante, a annoncé qu'elle était favorable à une révision de la loi allemande ayant trait aux cellules souches embryonnaires. Le texte actuel compte parmi les plus restrictifs de l'Union européenne. Au sein du Parti social-démocrate (SPD) actuellement au pouvoir, d'autres voix se sont élevées à l'encontre d'Annette Schavan, pressentie comme prochaine ministre de l'Education et de la Recherche dans l'hypothèse où la coalition conservatrice menée par la CDU/CSU remporterait les élections, suite à la "sélection" présentée par Angela Merkel, principale candidate au poste de chancelier. Les sociaux-démocrates étaient jusqu'à présent satisfaits de l'actuelle loi sur les cellules souches embryonnaires humaines, adoptée en 2002 - et vivement controversée. Elle permet aux chercheurs allemands, sous certaines conditions, d'importer de telles cellules, conformément aux vues des conservateurs. Avant que la loi ne prenne effet, l'utilisation d'embryons humains avait été interdite en Allemagne pour tous motifs hormis la reproduction. Les scientifiques allemands ont souvent critiqué le fait que la loi actuelle ne permette d'importer en Allemagne que des cellules souches obtenues avant le 1er janvier 2002, soutenant que si les lignées de cellules souches anciennes conviennent en recherche fondamentale, la recherche clinique impose quant à elle de disposer de lignées "fraîches". L'interdiction de l'importation de nouvelles lignées de cellules souches hypothèque par ailleurs une participation de l'Allemagne à la banque européenne de cellules souches à l'étude. Dans une interview accordée récemment au quotidien "Die Welt", Mme Bulmahn est revenue sur ses précédentes déclarations, indiquant que l'émergence probable, dans un avenir prévisible, de traitements médicaux dérivés de la recherche sur les cellules souches humaines nécessiterait que le Bundestag débatte au cours de la prochaine législature d'une révision de la loi actuelle, et notamment d'un feu vert à l'importation de lignées de cellules souches plus récentes. Concernant l'éventuelle nomination d'Annette Schavan comme prochaine ministre de l'Education et de la Recherche, les sociaux-démocrates reprochent à la candidate, théologienne de formation et actuelle ministre de l'Education et de la Culture du Land de Bade-Wurtemberg, son absence de compétences dans le domaine de la recherche, d'idées au service d'une politique d'innovation moderne et de perspicacité quant à la concurrence internationale se jouant dans les technologies de pointe. Selon des déclarations faites par le porte-parole de Mme Bulmahn à la revue "The Scientist", cela poserait "un problème pour la recherche scientifique en Allemagne". Mme Schavan a cependant défendu ses qualifications et son expérience, et déclaré à la même publication que les dix années passées à la tête du ministère de la Culture et de l'Education de son Land lui conféraient les compétences nécessaires pour occuper ce poste. Mme Schavan a indiqué qu'en cas de victoire de son parti aux élections, la loi sur les cellules souches embryonnaires demeurerait pour l'instant en l'état.
Pays
Allemagne