Selon l'EURAB, un dialogue plus sérieux doit être établi entre les chercheurs et la société
Selon un rapport du Comité consultatif européen pour la recherche (EURAB), les chercheurs doivent établir des échanges plus sérieux avec la société, et tenir compte des préoccupations du public à l'égard de leur travail. Ces dernières années, les chercheurs ont intensifié leurs efforts pour communiquer les résultats de leur recherche au public. Parmi les activités organisées, ont eu lieu des semaines de la science, des festivals et des conférences mettant en jeu des organisations non gouvernementales. Cependant, le succès de telles tentatives de communication a souvent été restreint. Dans certains cas, elles ont même exacerbé la perception des citoyens face aux risques que représentent les développements de la recherche. Les chercheurs et le public ne partagent pas les mêmes priorités et systèmes de valeur, ce qui pourrait expliquer le manque de connexion. «La nature humaine est obstinément subjective et souvent résistante à l'ordre rationnel. L'appréhension de la connaissance par les acteurs sociétaux, et la voie qu'ils suivent pour y parvenir, peuvent être très différentes de celles des chercheurs», note le rapport. «Ainsi, communiquer les accomplissements de la science n'est pas suffisant et peut même s'avérer conflictuel.» Le rapport propose que les «chercheurs essaient d'envisager leurs travaux d'un point de vue sociétal, d'impliquer d'autres parties prenantes, et de tenir davantage compte des préoccupations du public à l'égard de leur travail». Adapter la recherche aux besoins et intérêts sociétaux ne signifie pas uniquement dissiper les inquiétudes publiques. La croissance économique future de l'Europe en dépend également. «Si les chercheurs ne sont pas à l'écoute des inquiétudes du public, exprimées par exemple par l'intermédiaire de parties prenantes et d'acteurs sociétaux, leurs résultats pourraient s'avérer peu clair d'un point sociétal, et mettre en danger toute innovation potentielle pouvant être développée», lit-on dans le rapport. EURAB fait de nombreuses recommandations sur la façon d'améliorer le dialogue et l'engagement entre la communauté de la recherche et différents acteurs sociétaux. L'une des propositions consisterait à inclure des perspectives non scientifiques dans le cursus universitaire. Travaillant surtout en cercles fermés, les chercheurs sont rarement exposés à d'autres perspectives ou acteurs sociétaux. Les universités devraient donc essayer de développer des structures afin de «chercher à faire la quadrature du cercle», déclare l'EURAB. Elles devraient également encourager le dialogue et ouvrir la voir à une meilleure interaction. «Ces années déterminantes permettraient aux chercheurs de comprendre la façon dont leur travail est perçu par le public. Comprendre que leurs réponses ne sont en effet pas si claires et catégoriques, mais au contraire plutôt mitigées, en raison d'autres inquiétudes.» La promotion du dialogue sera également plus aisée s'il est considéré en tant que facteur influent sur les perspectives de carrière d'un chercheur. Dans une culture «axée sur la recherche», les chercheurs subissent une pression importante pour la publication de leur recherche. Ils doivent également se battre pour obtenir un financement de leur département et pour construire leur avenir professionnel sur une «recherche vigoureuse». La communication de la science semble avoir un effet négatif sur leurs carrières. Pour l'EURAB, ce changement de perception sera un processus à long terme, dans lequel la Commission européenne pourrait jouer un rôle clé. Elle pourrait, par exemple, présenter une série d'actions mettant l'accent sur la valeur d'un engagement accru, et sur l'importance de ce progrès pour les carrières dans la recherche. Mais les chercheurs ne sont pas les seuls responsables. La société doit également s'impliquer davantage dans le processus de recherche. «Le premier pas pour encourager les acteurs sociétaux à établir un dialogue sur la recherche et l'innovation est de leur permettre de mieux comprendre cette recherche», déclare l'EURAB. En les maintenant impliqués dans la procédure, les acteurs sociétaux ont la sensation de contribuer positivement, d'une certaine façon, au dialogue - en tant que partenaires. «Autrement dit, les acteurs sociétaux, tels que les groupes de patients, devraient avoir la possibilité de développer leurs propres capacités de recherche», lit-on dans le rapport. D'après ce dernier, le programme «Capacités» du septième programme-cadre (7e PC) progresse dans cette direction. Les actions qu'il propose encouragent un rapprochement entre acteurs sociétaux et chercheurs. L'EURAB affirme qu'il surveillera de près la progression de ces actions. Les Plateformes technologiques européennes (PTE) pourraient également ouvrir la voie à une implication accrue de la société dans la recherche. Jusqu'à présent, l'engagement de multiples parties prenantes dans les PTE se limite aux entreprises, au gouvernement et au monde universitaire. Afin de mettre en jeu un public plus vaste, l'EURAB propose de mettre en place des ateliers de consensus. «L'information générée à partir des processus de participation, et alimentant les plateformes technologiques, n'est pas uniquement utile pour l'identification des positions de consensus 'cruciales/moins cruciales' des parties prenantes pour diriger la recherche, mais pourrait à terme encourager une interaction plus équilibrée des acteurs sociétaux avec les plateformes», note le rapport. La dernière recommandation du rapport est d'encourager l'implication accrue de différents acteurs sociétaux dans les diverses étapes de l'évaluation de recherche. Cela entraînerait en premier lieu une comparaison de l'implication actuelle des acteurs sociétaux dans les procédés d'évaluation, et une évaluation des tendances dans leur niveau de participation. «Les contributions des acteurs sociétaux pourraient avoir une grande valeur pour les équipes d'évaluation. Utiliser les acteurs sociétaux en tant que juge et jury pourrait également motiver les chercheurs à accroître leur dialogue avec eux et incorporer d'autres avis au cours de leur recherche», conclut l'EURAB.