Le chant des grillons est leur faire-valoir
Lorsqu'il s'agit de trouver cette perle rare qui sera un partenaire, il est courant de mettre en avant ses propres avantages. D'aucuns, comme le paon, rivaliseront par la qualité de leur plumage, d'autres se pavaneront dans leur nouvelle voiture de sport. Une équipe internationale de chercheurs, conduite par l'université de Bristol au Royaume-Uni, a découvert que les grillons mâles utilisent leur chant comme tactique pour attirer une partenaire. Présentée dans la revue PNAS, l'étude a été financée en partie par une subvention des actions Marie Curie au titre du septième programme-cadre (7e PC) de l'UE. À certaines époques, il est courant d'entendre les grillons chanter. Ces sons stridents servent aux mâles à faire leur publicité auprès des femelles. Ils produisent leur chant en frottant leurs élytres, induisant des vibrations en résonance et un son intense. Ceci permet aux femelles à localiser les mâles, mais aussi à faire leur choix entre les prétendants. Les chercheurs estiment que les femelles de criquets préfèrent les mâles plus gros car ils devraient être plus aptes à trouver et utiliser des ressources. Il se trouve que le chant du mâle a un rapport avec sa taille: plus il est gros, plus le son produit est grave. Il suffit donc aux femelles d'écouter le chant pour connaître la taille du mâle, une information qui, selon les chercheurs, ne peut être falsifiée. Du moins jusqu'à ce qu'ils découvrent que les grillons des arbres, de petits orthoptères inhabituels et quasiment transparents, ont un chant dont la fréquence change avec la température. Par exemple, l'espèce Oecanthus henryi est un soprano à 3,6kHz lorsqu'il fait 27 degrés Celsius, et devient une basse à 2,3kHz lorsqu'il fait 18 degrés. On ignorait cependant le pourquoi et le comment de ce phénomène. Cette nouvelle étude a comblé cette lacune. Les scientifiques ont étudié le phénomène à l'aide de la vibrométrie laser à effet Doppler, une technique sophistiquée et très sensible. Elle peut en effet détecter des déplacements inférieurs à la longueur des liaisons chimiques entre les atomes. Les ailes du criquet arboricole vibraient bien plus que cela, et les chercheurs ont découvert un mode de vibration inhabituel. La totalité de l'aile entrait en vibration au lieu d'une petite partie, et le son produit présentant deux pics de fréquence fusionnés au lieu d'un seul. Le Dr Natasha Mhatre, auteur principal de l'étude à la Bristol's School of Biological Sciences, déclarait: «La longueur importante des ailes nous avait toujours intrigués. Nous avons appliqué la modélisation par éléments finis, une méthode d'ingénierie, et démontré que cette forme était la clé du phénomène. L'allongement des ailes se traduit par des modes de vibration qui se rapprochent en fréquence et en amplitude, et commencent à fusionner.» Les chercheurs ont alors compris que la fréquence du chant ne dépend plus de la taille mais de la vitesse avec laquelle le criquet peut déplacer ses ailes. Et comme ce sont des insectes, leur activité dépend directement de la température. Lorsque la température augmente, il en va de même pour le métabolisme du criquet, ainsi que pour la vitesse de ses mouvements et la fréquence du chant. «Parfois, le fait de comprendre le comment d'un phénomène explique également le pourquoi», ajoute le Dr Mhatre. «La compréhension du mécanisme a ouvert la voie à la compréhension de l'évolution du chant du criquet arboricole. Nous avons ainsi montré que le chant à fréquence variable est un sous-produit de l'augmentation du volume sonore et n'est pas en soi l'évolution recherchée.»Pour plus d'informations, consulter: Revue PNAS: http://www.pnas.org/(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Université de Bristol: http://www.bris.ac.uk/(s’ouvre dans une nouvelle fenêtre)
Pays
Royaume-Uni