Pour un professeur américain, l'Europe doit surmonter ses préjugés vis-à-vis de la faillite
Selon l'orateur principal du Troisième forum européen pour les entreprises innovantes qui s'est tenu à Stockholm (Suède) le 8 avril, l'Europe doit donner une deuxième chance aux chefs d'entreprise ayant fait faillite et apprendre à accepter les effets tant destructeurs que créateurs de l'innovation. "L'Europe doit apprendre que la faillite n'est pas si néfaste", a ainsi expliqué M. Lee McKnight, professeur agrégé de communications internationales et directeur de la Fletcher School of Law and Diplomacy (droit et diplomatie) de l'université de Tufts (Etats-Unis). Selon lui, les Etats-Unis ont été fondés par des entrepreneurs prêts à prendre des risques, dont certains ont pu chercher à échapper à leur condition ou à leurs dettes. En Europe, à l'inverse, les dettes sont davantage stigmatisées. Les nouveaux entrepreneurs doivent être clairement incités à lancer des entreprises et, en cas d'échec, à recommencer. Lors d'une table ronde tenue plus tôt, Volkmar Strauch, secrétaire d'Etat à l'Economie au Sénat de Berlin, a également insisté sur cette question: "Si vous faites faillite aux Etats-Unis, ce peut être une expérience enrichissante. Dans certains pays européens comme l'Allemagne, en revanche, un entrepreneur ayant fait faillite dans le passé peut rencontrer des difficultés à trouver des soutiens financiers". Le Professeur McKnight a expliqué que l'innovation était un processus créateur, mais aussi destructeur: elle détruit des entreprises et crée de nouvelles structures sociales et industrielles plus fluides. Pour lui, le concept de mobilité, dans lequel les entrepreneurs s'adaptent aux reflux du marché en innovant et en changeant de domaine d'activité, a aidé l'économie américaine à rester forte. Il a également parlé de la vulnérabilité renforcée des individus, des entreprises et des nations à la suite des attaques terroristes perpétrées le 11 septembre aux Etats-Unis. "Ce n'est pas parce que nous vivons dans un village à l'échelle planétaire que nos voisins nous apprécient", a-t-il expliqué. En dépit du climat actuel, toutefois, les entrepreneurs des deux côtés de l'Atlantique qui veulent sauter le pas contribuent à la création d'emplois nouveaux et meilleurs et à l'augmentation du capital social. Il a appelé l'Europe à encourager ce processus de destruction créatrice car "dans une époque incertaine, les régions mobiles aideront l'Europe à aller de l'avant". Les Etats-Unis ont beaucoup appris de l'étude des modèles européens d'innovation régionale, a indiqué le Professeur McKnight, qui a invité la Communauté européenne à renforcer les atouts de l'Europe en réformant les lois sur la fiscalité, la faillite et le travail. Il a ajouté que les villes européennes devraient chercher à encourager un environnement positif et créatif pour les entrepreneurs par le leadership politique et l'usage de récompenses mettant l'esprit d'entreprise en avant. Il a enfin appelé de ses voeux la diminution des obstacles administratifs et des coûts de création d'entreprise car en matière d'idées nouvelles, le temps, c'est de l'argent. S'exprimant le 9 avril, Heinz Zourek, Directeur Général adjoint de la DG Entreprises de la Commission européenne, a lui aussi mis en lumière les risques inhérents à l'innovation et aux découvertes scientifiques. La recherche et le développement sont, par définition, des activités risquées, a-t-il expliqué, car elles supposent une recherche de l'inconnu.