Les scientifiques donnent leur opinion sur le Prix Descartes
À l'approche du cinquième anniversaire du Prix Descartes, la Commission souhaite améliorer l'image de son prix le plus prestigieux dans le domaine de la recherche collaborative et le rapprocher de la plus célèbre distinction scientifique dans le monde, le Prix Nobel. Lors d'une soirée de gala organisée à Bruxelles le 12 juillet dernier afin de célébrer le premier quinquennat du prix, les débats entre les invités ont principalement porté sur la manière d'atteindre cet objectif. CORDIS Nouvelles s'est entretenu avec les anciens lauréats, les finalistes de cette année ainsi que les membres du Grand Jury afin de recueillir leurs opinions sur le statut actuel du prix et la manière dont ils aimeraient le voir renforcé. Avant d'adopter une ligne de conduite, la Commission a dans un premier temps demandé au Conseil consultatif européen pour la recherche (EURAB) de rédiger une série de recommandations sur la manière d'améliorer l'image et l'impact du prix. CORDIS Nouvelles s'est entretenu avec la présidente de l'EURAB, le professeur Helga Nowotny, et lui a demandé de présenter brièvement les conclusions du Conseil. "Tout d'abord, nous avions le sentiment qu'une cérémonie de type 'Nuit des Oscars' ne convenait pas à un prix scientifique et dans toute cérémonie, les lauréats devraient pouvoir prononcer un discours mûrement réfléchi plutôt qu'un bref discours de remerciement. Nous avons également suggéré un nouveau processus de sélection, qui ne repose plus uniquement sur les candidatures personnelles mais tienne également compte des candidats proposés par les directeurs d'universités, les centres de recherche et les académies scientifiques", a confié le professeur Nowotny. Afin de doter la cérémonie d'un cachet plus prestigieux, l'EURAB a également recommandé la présence du chef d'État du pays d'accueil de l'événement ainsi que du commissaire à la recherche. L'EURAB estime également que l'image du prix pourrait être rehaussée grâce à l'organisation d'un évènement où personnalités politiques et lauréats pourraient débattre de grandes questions politiques d'actualité. Le professeur Nowotny a ajouté: "Si nous voulons renforcer le prestige du prix, nous devons avant tout continuer à montrer le bon exemple et choisir les meilleurs lauréats." Le professeur Michael North du King's College London, en Grande-Bretagne, l'un des membres d'une équipe lauréate en 2001, estime qu'au mieux, ces recommandations sont prématurées et qu'au pire, elles pourraient nuire à la réputation du prix. "Je ne pense pas que la Commission s'y prenne mal avec Descartes. Ils ont simplement besoin de poursuivre sur cette voie pendant un certain temps et lui permettre de mûrir", a-t-il confié à CORDIS Nouvelles. "La Commission souhaite que le Prix Descartes puisse rivaliser avec le Prix Nobel, qui existe depuis plus de 100 ans, et 5 années ne suffisent pas pour atteindre cet objectif. Donnez-lui encore 20 ans. Si on modifie le prix tous les cinq ans, cela sèmera la confusion et il ne parviendra jamais à s'imposer", a-t-il ajouté. Le professeur North pense que le Prix Descartes se fait déjà mieux connaître, particulièrement auprès d'une certaine catégorie de chercheurs: "Je pense que la plupart des scientifiques individualistes n'ont jamais entendu parler du prix, alors que les chercheurs collaborateurs le connaissent très probablement et en ont une haute estime", a-t-il affirmé. Le professeur Edward van den Heuvel, de l'institut d'astrophysique Anton Pannekoek aux Pays-Bas, sait tout du prix et de ce qu'il représente. Membre d'une équipe lauréate en 2002, le professeur van den Heuvel est depuis lors devenu membre du Grand Jury du Prix Descartes. Il pense que le prix commence à se faire connaître: "De plus en plus de gens le découvrent - les universités en font la publicité, la couverture médiatique s'améliore fortement et Bruxelles diffuse davantage l'information à travers l'Europe." La Commission a décidé que, cette année, un prix distinct pour la communication scientifique serait également décerné au cours de la cérémonie, et il avait été suggéré qu'il porte également le nom Descartes. Sur ce point, l'avis du professeur van den Heuvel converge avec la recommandation de l'EURAB. "La création d'un second Prix Descartes - pour la communication scientifique - pourrait semer la confusion et je pencherais personnellement pour une autre appellation", a-t-il déclaré. Il appuierait la création de différents Prix Descartes uniquement dans différentes catégories, telles que la physique, la biologie et l'ingénierie, à l'image des Prix Nobel. "La Commission est très riche, alors pourquoi ne pas créer un prix dans chaque catégorie ? Ce serait là certainement une façon de renforcer son prestige", a-t-il déclaré. Après avoir entendu le point de vue des personnes particulièrement bien informées sur la question, CORDIS Nouvelles s'est entretenu avec une personne qui espère très prochainement se familiariser davantage avec cette distinction. Le professeur Peter Weinberger et ses collègues en Autriche, en République tchèque et en Hongrie ont récemment été désignés finalistes pour la cérémonie 2004, et il a expliqué ce qu'une victoire signifierait pour eux. "Durant les 15 années de notre collaboration, nous avons publié 75 documents, soit presque l'équivalent d'un petit institut Max Planck. Cette récompense pour nos travaux serait donc la bienvenue", a déclaré le professeur Weinberger. Il pense toutefois que le Prix Descartes n'est pas encore comparable aux Prix Nobel: "Si on vous attribue le Prix Nobel aux États-Unis, par exemple, vous devenez un véritable héros du jour au lendemain. Le Prix Descartes n'a pas encore un tel impact et pour cela, il faut que les journalistes scientifiques y prêtent bien plus attention." En définitive, les débats portant sur la manière d'accroître l'impact du prix n'auront pourtant plus aucun intérêt pour le professeur Weinberger si lui et ses collègues remportent une partie du million d'euros de récompense au mois de décembre prochain, lors de la cérémonie organisée au château de Prague. "Soyons très pragmatiques: il faut comprendre que la science en République tchèque et en Hongrie est encore largement sous-financée. Or un chercheur post-doctoral coûte entre 45 000 et 60 000 euros, où qu'il exerce sa fonction. Le Prix Descartes représente environ une douzaine de post-doctorants et pour notre collaboration à long terme, une victoire ferait une énorme différence pour l'avenir", a-t-il conclu.