Lancement au Royaume-Uni de la plus grande expérience menée en Europe sur le changement climatique
Une expérience destinée à évaluer l'impact potentiel du changement climatique sur la concentration d'une algue toxique dans les systèmes d'eau douce a été lancée au Royaume-Uni dans le cadre d'un projet de 20 millions d'euros financé par l'UE. Décrits par leurs participants comme la plus importante expérience jamais menée en Europe pour étudier l'impact du changement climatique sur les systèmes d'eau douce, ces travaux de recherche consistent à simuler des systèmes d'eau douce contenant des algues bleu-vert toxiques (connues sous le nom de cyanobactéries) dans 48 réservoirs d'eau chauffée de grande taille, et à mesurer les effets d'une hausse thermique de 4 degrés Celsius sur les algues et sa toxicité dans le temps. Selon l'un des chercheurs chargés de l'expérience, Heidrun Feuchtmayr, de l'université de Liverpool, "on dispose de connaissances limitées sur l'impact du changement climatique mondial sur les systèmes d'eau douce. L'algue bleu-vert pose des problèmes à de nombreux lacs d'Europe, en raison de l'introduction d'engrais, de décharges émanant de fermes et de la présence de produits chimiques biologiques, tels que les poudres à lessiver, dans l'eau. Nous devons désormais étudier la manière dont une hausse de la température pourrait exacerber ces problèmes." Les scientifiques ont connaissance de plusieurs cas bien documentés indiquant les effets négatifs de l'algue bleu-vert sur la santé humaine. Ainsi, en 1989, deux soldats sont tombés gravement malades suite à une pneumonie atypique contractée lors d'un stage de canoë qu'ils avaient suivi sur un lac affecté du Staffordshire, au Royaume-Uni, et plusieurs éléments semblent indiquer qu'au Brésil en 1996, des dialysés sont décédés après que de l'eau contenant l'algue bleu-vert ait été substituée à l'alimentation en eau normale lors d'une vague de sécheresse. Le Dr Feuchtmayr a déclaré à CORDIS Nouvelles: "Lorsqu'on s'approche d'un lac [affecté], sa couleur et son odeur désagréables font que l'on évite normalement de boire son eau ou d'y nager." Cependant, les animaux ne font souvent pas preuve d'une si grande prudence, et l'ingestion d'algue toxique aurait entraîné la mort de bovins, de moutons, de chiens et d'oiseaux. On sait déjà que plusieurs facteurs ont des répercussions sur les concentrations d'algue présentes dans les systèmes d'eau douce, comme le vent et certains nutriments. La température est également susceptible d'avoir une incidence et, selon le Dr Feuchtmayr, "il est à prévoir que le changement climatique [entraînera une hausse des températures de] trois à cinq degrés Celsius dans [...] certaines régions d'Europe au cours des cinquante prochaines années. Nous allons chercher à savoir si la prolifération de l'algue bleu-vert est davantage susceptible de se produire dans des réservoirs d'eau chauffée et si la toxicité est appelée à augmenter parallèlement à la hausse des températures." La température des 48 réservoirs fait l'objet d'un suivi rapproché au moyen d'une série de récepteurs; les données ainsi recueillies sont ensuite entrées dans un ordinateur capable de contrôler précisément la chaleur des réservoirs, en provoquant une hausse de 4 degrés Celsius par rapport à la température ambiante dans la moitié des réservoirs. "Au début, nous essayons d'établir des conditions similaires pour tous les réservoirs", explique le Dr Feuchtmayr, "pour pouvoir suivre l'évolution du réseau trophique, de la taille des organismes, des adaptations à la hausse des températures et d'autres aspects connexes." L'avantage de réaliser une expérience à une échelle aussi grande est qu'elle permet aux chercheurs d'étudier la réponse de la communauté aux impacts du réchauffement planétaire. "Nous ne sommes pas en laboratoire - il s'agit d'une grande expérience menée à l'extérieur et, par conséquent, plus proche des conditions environnementales naturelles", a souligné le Dr Feuchtmayr. Quels que soient les résultats de l'expérience, les données serviront à alimenter Euro-limpacs, le projet intégré plus étendu dont elle fait partie. L'initiative Euro-limpacs, lancée au titre de la priorité "Développement durable, changement planétaire et écosystèmes" du Sixième programme-cadre (6e PC), réunit 35 partenaires de 19 pays différents, chacun étant chargé d'évaluer les impacts du changement planétaire sur divers aspects des systèmes d'eau douce européens.
Pays
Royaume-Uni