Les galets de Titan "vus" par Huygens
Huygens, la sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA) qui a atterri le 25 janvier 2005 sur Titan, satellite de Saturne, a offert un "bonus" inattendu aux chercheurs basés sur Terre en leur permettant d'apprécier la taille des cailloux et galets jonchant la surface de la planète. Lorsque Huygens a été conçue, on ne s'attendait pas à ce qu'elle survive à l'impact de l'atterrissage. La sonde est toutefois demeurée en alerte et a transmis des données durant 71 minutes après s'être posée, jusqu'à ce que Cassini passe sous l'horizon de Titan, coupant du même coup la communication. Malgré leur caractère largement accidentel, ces nouvelles informations n'en sont pas moins très utiles. "Huygens n'ayant pas été conçue pour survivre nécessairement à l'impact, nous n'avions jamais réfléchi à l'aspect que pourrait prendre le signal émis depuis la surface", a déclaré Miguel Pérez-Ayúcar, membre de l'équipe responsable de la mission Huygens au Centre européen de recherche et de technologie spatiales (ESTEC) de l'ESA, situé aux Pays-Bas. Le signal reçu par Cassini oscillait de manière inattendue, alimentant les spéculations sur la présence de petits hommes verts sur cette lointaine planète glacée. La vérité, malheureusement plus terre-à-terre, n'en est pas moins intéressante. Le principal signal envoyé par Huygens à Cassini a subi des interférences provenant de Huygens elle-même. La sonde a interféré avec son propre signal, lorsque les ondes radio rebondissaient entre l'extérieur de l'engin et la surface de Titan, se mêlant au signal direct émis vers Cassini. Comme l'angle entre Huygens et Cassini se rétrécissait au fur et à mesure que cette dernière évoluait autour de Titan, les informations évoluaient elles aussi. Le signal d'interférence a permis de recueillir des informations de grande qualité sur le terrain faisant directement face à Huygens et s'étendant sur une longueur d'un mètre au moment de l'atterrissage, à deux kilomètres juste avant la coupure intervenue 71 minutes plus tard. Pour décoder les données, les chercheurs devaient d'abord déterminer la nature de l'interférence. Considérant que Huygens interférait peut-être effectivement avec son propre signal, l'équipe a fait tourner un modèle informatique pour pallier l'absence de données. Les informations ainsi obtenues ont alors été comparées au fameux cliché de "désert orange" pris par Huygens au moment de son atterrissage et qui pointait dans la même direction que le faisceau, autorisant une comparaison directe. Cet heureux hasard a permis aux chercheurs de confirmer leurs soupçons. Ils ont établi que la surface de Titan est, pour une large part, plate et couverte de galets mesurant entre cinq et 10 centimètres de diamètre. "La mission nous offre là une belle 'prime', qui n'a nécessité aucun équipement spécial, juste le sous-système de communication usuel", a expliqué M. Pérez. Cette découverte fortuite a désormais de fortes chances d'être incorporée à de nouvelles missions. "Cette expérience pourra être mise à profit par un futur atterrisseur", déclare M. Pérez, ajoutant que "de petits ajustements suffiront pour en faire une technique puissante." Mais plutôt que de se fonder sur un signal accidentel, le système peut être affiné, et pourrait permettre de déduire la composition chimique de la surface d'une planète.
Pays
Pays-Bas, États-Unis