Percée dans la compréhension de la démence
De nouvelles techniques plus précises d'étude de l'esprit humain ont isolé les régions particulières affectées et les types de troubles présents dans l'esprit humain. Ces recherches, menées par Matthew Lambon-Ralph, professeur de neuroscience cognitive à l'Université de Manchester, ont été dévoilées aux participants au festival des sciences, organisé par l'Association britannique pour le progrès scientifique, à Norwich, au Royaume-Uni. Elles ont valu au professeur Lambon-Ralph le Prix Charles Darwin des sciences agricoles, biologiques et médicales. Le professeur Lambon-Ralph a examiné la disparition de la mémoire sémantique chez des personnes atteintes de démence ou ayant subi une forme spécifique d'accident vasculaire cérébral ou de lésion cérébrale qui a provoqué une perte de la mémoire sémantique. Il a finalement constaté que les zones responsables sont les pôles temporaux, situés près des oreilles. «La connaissance conceptuelle, ou la mémoire sémantique, fait référence à notre répertoire de significations pour les mots, les objets, les personnes, etc. Elle désigne la manière dont notre cerveau donne un sens à toutes les expériences sensorielles que nous rencontrons dans notre vie. Elle est également au coeur de la communication et du langage», a expliqué le professeur Lambon-Ralph. «Nous avons utilisé une multitude de méthodes s'entrecoupant afin de déterminer comment le cerveau parvient à emmagasiner des significations et des concepts. L'on peut notamment citer parmi celles-ci l'étude de patients atteints d'une forme particulière de démence, les méthodes d'imagerie encéphalique et la stimulation magnétique transcrânienne (SMT) - un procédé employant une bobine magnétique pour «fatiguer» une région limitée du cerveau», a-t-il commenté. Grâce à cette technique, le professeur est parvenu à créer chez les sujets certains symptômes légers de démence, quoique temporaires. Ces travaux associent des parties précises du cerveau à la manière dont l'individu interprète ou se rappelle les concepts. En cas de démence, le sujet perd le contrôle des concepts. «Les concepts ne s'effacent pas de but en blanc, mais ils se détériorent progressivement», déclare le professeur Lambon-Ralph. «Il en résulte que les patients éprouvent de plus en plus de difficultés à différencier des concepts similaires et qu'ils commencent à confondre les concepts entre eux.» Ces découvertes ont inspiré le titre de la conférence, «Le cas du canard à quatre pattes: études de concepts et de sens», dès lors que les personnes souffrant de démence peuvent remarquer que des concepts qui nous paraissent simples s'échappent rapidement et sans effort. «Les patients attestent de ce phénomène quel que soit le type d'information testé. Ils témoignent donc d'une compréhension déficiente de la parole orale, de l'écrit, de l'image, de l'odeur, du son et du toucher. Cela démontre que nos significations sont conservées dans un format abstrait et qu'elles desservent ensuite toutes les formes différentes d'information verbale et sensorielle. Les mêmes problèmes se manifestent lorsque les patients tentent d'exprimer une connaissance - ils remplacent un mot par un autre mot connexe («canard» devient «poulet» ou «chat», par exemple) et ils produisent parfois des dessins étonnants, dans lesquels les concepts semblent s'amalgamer, en mélangeant les informations sur les oiseaux et les animaux pour aboutir à un canard à quatre pattes», indique M. Lambon-Ralph. Chez des sujets normaux, le professeur Lambon-Ralph a pu réduire l'efficacité du lobe temporal pour ensuite les mettre à l'épreuve. Les mêmes types de dégénérescence sont apparus - pas dans la même mesure que chez les sujets atteints de démence, mais ils restaient néanmoins identifiables. «Nous avons utilisé des modèles informatiques/mathématiques pour reproduire le fonctionnement de cette zone et de ses connexions cérébrales, et montrer ainsi comment elle construit les concepts. Elle réunit à cette fin les informations de tous les sens et elle les distille dans une réserve unique», a-t-il affirmé.
Pays
Royaume-Uni